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Graphisme : "Il y a quelqu’un ?"... Le parcours de Max
SE SENTIR EXISTER
dimanche 2 mars 2014, par J Zwobada Rosel


Que de difficulté à remplir sa part du contrat pour Max, il ne sait jamais quoi écrire, ou dessiner... En fait, il apporte, dans ce qui serait du "factuel", une entrée pour aller au-delà, à la recherche d’un vécu émotionnel par exemple.

Le point de départ

Il avait posé d’entrée de jeu, au cours du bilan, les pistes à suivre pour l’aider : il évoque un problème de "concentration", et l’éclaire par ses lapsus écrits, de "s’apercevoir" à "s’avoir". Sa prononciation de "Condenir" en donnait la clé : un cadre (contenant) fonctionnant dans l’"avoir" et l’incapacité de s’y organiser comme sujet sur le mode de l’"être".
L’agrippement au crayon entraînait la lenteur de tout graphisme et l’échec dans le maniement de l’écrit...

Les problèmes de comportement lui servaient alors à la fois à se faire remarquer et de ce fait, se faire mettre à l’écart à l’école, où l’on se nourrit d’un savoir, tout comme il était à l’écart dans le cadre de la nourriture familiale du fait de ce qu’on pensait être ses intolérances alimentaires [1] qui se sont modifiées et permettent maintenant des écarts de régime.

Je concluais "Pour ne pas conclure" par "Du corps au ressenti, il existe un registre qui est celui du sens, de l’interprétation que je donne ainsi à son symptôme."

De l’expression par le corps à la perception d’un "ressenti"

Le dessin a été un support privilégié pour repérer, témoigner de ce parcours. Le matériel apporté par l’enfant (cf. contrat de départ) permet d’en suivre les étapes en interprétant les choix thématiques en lien avec les constatations de l’ostéopathe...

PREMIERE PARTIE : LES DONNEES

-  Les premiers 6 mois : "la pression"

La "tête"

(1) Un premier dessin illustre les marchés de Noël : il pose un cadre, le bonhomme est entre deux murs nus et rapprochés tandis que l’ostéopathe signale une pression intra crânienne.

(2) Pour le dessin suivant, Max "oublie" le cadre annoncé, la patinoire (cadre rétabli a posteriori) mais pose l’existence d’un "double". Dans le récit qui l’accompagne, un seul des deux petits garçons va être sélectionné pour le match mais Max ne sait pas si c’est en attaque ou en défense. Il n’y a pas de projection possible.

Les supports d’expression

Du crayon au pinceau

(3)(A [2]) Invité à dessiner quelque chose en dessous d’un texte compte-rendu de ses vacances, le travail du pinceau sur le crayonnage qu’il avait fait représenterait un allègement du cadre, une ouverture au changement, en explorant un allègement du trait et marquerait par contraste avec le registre informatif du texte, une entrée dans l’expressif. Max l’a intitulé "le brouillard".

(4) Le dessin suivant reprend le thème du marché de Noël mais la voie étroite se projette sur un "symbole", un sapin, de même que les "objets sociaux" caractéristiques de ce moment, étoiles, guirlandes, petits objets sur les comptoirs, y figurent.

Comportement

(5) Il n’apporte pas de dessin mais un thème : le "conflit" et le situe à l’école. C’est le support d’un travail narratif de reconstruction [3] séquentialisée des circonstances où il s’est fait "disputer", du repérage des acteurs impliqués, puis d’un travail sur ce qu’ils ressentent de leur point de vue propre, en cherchant les mots pour l’exprimer.

L’ouverture linguistique

Le piège des mots
(6) Le dessin suivant concerne un compte rendu de lecture scolaire, le thème le concerne directement puisqu’il s’agit d’écriture : Emilie et le crayon magique. Il dessine le personnage sur le pont-levis d’un château-fort [4].
"Chaîne" [5] prononcé "gêne" lorsqu’il l’a décrit va nous amener à un double travail
-  métaphonologique
-  recherche des homonymes pour les deux signifiants et leur contextualisation

Le cadre énonciatif du thème conflictuel
(7) L’anniversaire de son grand-frère permet de "travailler" le récit, l’expression du lieu, du temps, et l’amène à réaliser le fait qu’il est, là encore, "à côté", ne pouvant partager... une même nourriture.

L’investissement affectif

(B) Un travail de recherche sur ce qu’il aime ou n’aime pas ouvre à l’élargissement du thème de la nourriture à d’autres "éprouvés", en passant de "sourire" (être heureux), à "rigoler" (je propose : faire comme si on était heureux ?) intervention qui amène l’exploration d’être triste. Qui console ? Quelles situations ? Il écrit alors
-  dispute
-  mort de quelqu’un
-  mort de son chien.

Se restaurer
(8) Le dessin suivant illustre "j’ai marqué un but." Je lui fais réaliser qu’il peut écrire "je suis fier de moi" ce qui nous amène à "travailler" l’estime de soi dans un champ qui ne soit ni familial ni scolaire.

Après l’inventaire des modalités d’expression, les modalités du "travail" vont se préciser

Le travail d’ouverture à l’imaginaire

(9) (C) Une grosse noix vide est posée sur la table, il l’ouvre et je chante (Ch. Trenet) : une noix... qu’y a-t-il à l’intérieur d’une noix... quand elle est ouverte ?
Il tape sur l’ordinateur ce qu’il a dessiné où seul un croissant de lune est identifiable : "On voix la lumière, des étoiles, de la pluie avec des orages, une maison, avec des gens à tables, qui mange une tarte au noix." Après avoir "corrigé ses erreurs"...
... pour une fois, j’interprète avec les précautions oratoires d’usage ce que son dessin me laisse entrevoir renforcé par ce que la conclusion de son inventaire à la Prévert, "Ah si, je me vois. Il y a 3 personnes et une qui ne peut pas manger", m’inspire : "la solitude". Son évaluation spontanée de la séance (sur son agenda [6]) est "bien".

Un travail de deuil

(10) Ce travail a été annoncé dans le "travail" sur la dispute et va pouvoir commencer : photo, récit des derniers moments de son "amie", sa chienne... D’un texte à l’autre l’écriture devient plus lisible...

L’inscription d’un mode de fonctionnement

(11) Il rapporte alors, dans l’ici et maintenant de l’actualité, le dessin d’une voiture qui brûle. Je lui fais reconstituer le scénario qui l’a amené à la voir par la fenêtre.

(12) Le dessin suivant concrétise la transformation du sujet en cours de réalisation. ( [7] Max s’est adapté au lieu de ne rien faire lorsqu’il n’a pas réussi à dessiner ce qu’il voulait faire : un lapin, et en a fait un âne.

(D) Il est temps de revenir à ce qu’il avait annoncé au départ et de chercher à le libérer du non-dit du conflit au sein de sa famille. C’est aussi l’aider à inscrire la quête identitaire qui s’amorce. Nous passons au tableau généalogique, se situer dans les générations, ceux qu’on voit ou non etc... et ce travail amène la mère à expliciter une rupture des relations avec une tante maternelle...

Retour au cadre : lieux et temps différents

(E) Il va passer ses vacances chez sa marraine (du côté paternel, de passage, car elle habite aux antipodes). Le mot d’ordre de l’Équipe Éducative de rentrée est confirmé pour la maîtresse "lever la pression" en l’encourageant par rapport à ses progrès même s’il est loin d’être au niveau de sa classe.

Il n’arrive toujours pas à sortir du factuel dans ce qu’il rédige au jour le jour [8].

(F) Il se triture moins la bouche (cf. le "masque" de la première rencontre) mais se mange la main. Je parle de "bouchon". Quand je lui demande de la poser sur la feuille pour la dessiner, il la pose fermée.

L’ouverture de la main

(13) Pour tenter de l’amener "ailleurs" Je m’appuie sur la différenciation entre espace-temps "vécu" et "objectif" [9] , je lui demande donc dessiner sa main ouverte en dessous du dernier texte et l’invite à écrire des mots dans les doigts : entre balance (auriculaire)et WII (pour le pouce), il écrit : assiette, table, chaise) et en rond au creux de la main "objets" et poursuit (question : que sont-ils pour toi ?) "précieux"... Il s’éclate avec les couleurs que je lui donne alors, il entoure des mots, dessine des doigts, des étoiles, des éclairs, des lignes de tout ordre, deux triangles noirs qui se chevauchent, couvrant une partie d’un des doigts en bas à gauche...
L’ensemble est tout à fait incohérent, [10] il n’en dit rien de ce point de vue, mais semble très heureux...

Le "travail" de représentation de l’absence

Il y a quelqu’un ?

(14) Il a dessiné un enfant, en haut de la page à gauche, dans le coin, le soleil, plus de la moitié inférieure est coloriée en vert (verticalement). [11]

Représentation de l’absent
Représentation de l’absent
Le dialogue avec l’autre fait exister

Je propose de raconter.
"C’est un petit garçon qui se promène dans la campagne."

Je vois ça mais qu’est-ce qui le gêne pour se promener ?
"Il a pas de pieds, j’ai oublié les pieds"
Qu’est-ce qu’on peut dire encore ?
"Que c’est vide"
C’est ce que tu penses ?
"Oui ! J’ai trouvé parce qu’y a que 3 choses."
Pas d’autre idée ? Je dessine une grosse bulle. Comme il est lent à s’y mettre, je précise : imagine que tu écris une BD.
Tu veux quelque chose ? pour écrire ?
"Oui" (Il écrit : "il y a quelqu’un")
Une question ? Il ajoute un " ?".

Il se met à écrire une suite : "On dirait que non !"
Je commente : elle est trop grande la bulle ! "Oui". Je lui donne une gomme. Il efface puis commente "je la refais pareil".

Je le bouscule un peu : c’est la tentation... T’as pas une idée pour changer quelque chose ? pour que la réponse ne soit pas dans la même bulle ? Comment faire ? "J’sais pas". Essaie de trouver une solution.
"J’sais pas quoi marquer".
Tu ne peux pas faire parler s’il n’y a pas quelqu’un d’autre !
Rappelle-toi on en a parlé (je pense à son chien) : tu peux le faire exister même s’il n’est pas là... Qui ?
"Ma marraine". Il la dessine dans l’herbe et trace une bulle. Il écrit "je suis là, hou, hou".

(G) Nous faisons un peu d’orthographe au passage (référence au carnet de tableaux, masculin, féminin etc...) car il ne sait comment poursuivre et je lui propose de lui écrire une lettre.

Du dialogue à l’écrit :

De la figuration de la situation à la mise en mots du ressenti.

Je me sens seul

Il ne savait pas quoi dire, je mime l’appel en classe, lui suggère de commencer par "chère"... Pour trouver triste, je lui demande comment tu es à l’intérieur ? Comme pour le petit chien... Je lui fais un guide à trou : je .. s..s seul.Cela donne :
Chère marraine J’ai été triste quand tu es(t) partie je me sens seul et remarque "j’aurai pu poursuivre" sans toi

A la recherche d’un équilibre

(15) Le dessin du jour est une double rosace avec les couleurs qu’il aime. Il va de lui-même s’installer sur le gros ballon, nous parlons des couleurs du cirque, jaune et rouge, devenant orange quand on les mélange, couleur de feu, le soleil est une boule de feu.
Je lui demande de faire un autre dessin avec les couleurs, "j’ai une idée" : des carrés les uns dans les autres rouges et jaunes, un grand et un petit, "et voilà" il reprend le crayon et en parsème de petits le reste de la feuille.
Il écrit au dos "Le chevalier et son cheval".
Il ne sait pas quoi dire et se met à tripoter ses cheveux [12]. Invité à raconter, son "j’sais pas quoi dire" me fait amorcer un récit à deux [13] :
il était une fois
"un grand chevalier sur son cheval galopant à toute vitesse"
pas si vite... disait le petit tout à côté... on entendait son souffle
"le cheval tirant la langue, s’arrêta devant une rivière"
parsemée de gros cailloux. Est-ce que c’était un gué ? Nous expliquons et discutons où ils sont pour lui ? "dans un enclos". Il découvre la différence. Les carrés (trace) jaunes indiquent qu’il galopent dedans sauf lorsqu’il y a une ouverture.

Je n’ai plus peur

(16) Il apporte un dessin correspondant au livre pris en classe "oui ou non" sur le thème des "peurs" : une silhouette est sur un fauteuil divan, un personnage derrière lui comme chez un psychanaliste. Est-ce sa marraine ? Il a écrit derrière : "je n’ai plus peur"

-  A l’approche du troisième trimestre : le transit

(17) Il semble beaucoup plus harmonieux et présent et apporte le dessin ci-dessous qui m’évoque le "travail" de l’ostéopathe.

"Le volcan se rêveille"
De la lave qui dort à l’explosion : le transit

Je réponds en lui proposant de choisir un des yogas des animaux : il essaie de réaliser "le poisson" qui facilite le transit énergétique.

Il semble arriver à laisser son corps... suivre la voie induite par la position.

(18 - 19) Le deux dessins suivants se situent dans une expression socialisée de l’agressivité : "des autos tamponeuses,c’est marrant de se rentrer dedans" puis "le vaisseau spatial" objet en soi qu’il complète d’une vitre pour que le pilote puisse entrer, de mitraillettes, sans aller jusqu’à lui trouver une destination (il n’en a pas besoin : il a un GPS).

-  Les deux derniers mois de l’année scolaire

La première cascade

(20) Max illustre le texte au retour des vacances en dessinant une sorte de "s" manuscrit, des petits bonhommes en moto en bas, [14] écrit "cascade" en haut, entoure le personnage à côté de la moto et écrit "ma cascade ratée". Je lui propose les couleurs, il choisit le marron pour la forme globale quelques traits à l’intérieur et apprend à tenir le pinceau pour suivre les traces qui descendent. Il contrôle ainsi l’appui du pinceau.

Il dessine également l’autre cascade, dans l’espace resté libre, en bleu, illustrant la différenciation par le sens de deux homophones en évoquant de lui-même chaîne et chêne cf. dessin (6)).

Retour à la situation de rééducation : s’exprimer comme un garçon de son âge

(21) Il dessine alors la salle où nous travaillons, lui à sa place en train de travailler et moi dans l’encadrement de la porte, revenant à la situation de l’ici et maintenant de notre relation.

(22) Il apporte un nouveau dessin du but qu’il a marqué et représente également son adversaire, écrivant en gros dans une bulle BUT. A ma demande il illustre au verso deux têtes, avec les légendes : pour la sienne « je suis content », par opposition à celle de l’autre « il n’est pas content ».

(23) Nous travaillons alors autour de « but » en explorant « tenter » « sentir » « savoir » et il conclut ce parcours par un dessin dont le personnage pense (dans une bulle) « Rien ne M’arrive ».

(24) « Un policier qui me plait ». Il complète au verso : il a un béret comme un athlète français aux jeux olympiques.

(25) Il passe ensuite aux loisirs, Euro Disney alors que nous travaillons sur le temps.

(26) Puis il entre dans l’imaginaire conventionnel de son âge : le buste d’un pirate [15] et le texte précise que pendant l’attaque les pirates attaquants tombaient à l’eau.

(27) Il passe au chevalier gaulois qui se bat avec un autre pour devenir le roi.

(28) Le sable du dessin du Parc de Loisir lui sert de lien pour évoquer un bord de mer classique, avec le l’inévitable château-fort (cf.(6) et la note ).

(29) Le pirate revient mais comme guetteur, surveillant l’apparition de « méchants ». Une petite cousine est née.

(30) Un travail cognitif (support : les math-oeufs) l’amène à dessiner des têtes pareilles, différentes en en changeant également l’expression.

(31) Un essai raté d’un gaulois (avec modèle) ayant entrainé un travail de grammaire sur la phrase minimale, il dessine « un crocodile nage dans la mer », juste avant de partir en vacances.

-  A la rentrée scolaire, en attente de l’opération de la mère

Deux dessins me semblent significatifs, l’un est celui d’un chien (cf. le sien (10) ) réalisé avec modèle également, (32), apporté un jour où son père l’accompagne car sa mère ne se déplace plus beaucoup... et...

La deuxième cascade

...L’autre dessin (33) concerne une chute en rollers, avec un récit circonstancié : ce type de dessin amorce ceux qui seront réalisés en fin d’année scolaire (cf. les articles sur le blog). Ils illustrent la conquête progressive de sa capacité à s’affirmer tant dans ses relations aux autres que dans son travail. Il n’y a plus de chute mais un savoir faire qui peut s’expliciter.

DEUXIEME PARTIE : DISCUSSION

Le passage par le corps est bien au cœur de cette prise en charge sans qu’il soit question pour autant d’un retard psychomoteur et de sa rééducation. Le point de départ en a été « libérer la pression » qu’on exerce sur lui et qu’il exerce sur la trace qu’il laisse en s’agrippant à son crayon sans parvenir à « avancer » en quelque sorte dans son graphisme.

Il la renvoie par sa lenteur à réaliser quoi que ce soit, exerçant ainsi une pression sur son entourage qui le bouscule sans cesse, dans un cercle vicieux qui n’a pu se lever qu’en l’accompagnant dans la découverte de lui-même à travers une expression de ce qu’il pouvait ressentir.

La main a du s’ouvrir pour exprimer tout d’abord ce qui marquait sa différence, le situant autre car à côté des autres du fait de ses intolérances alimentaires. Il lui a fallu apprendre à se séparer ce qui passait par se représenter l’absent pour s’appuyer sur un espace de représentations.

Une relecture du corpus décrit ci-dessus propose quelques hypothèses interprétatives, dessin par dessin. Max en a eu connaissance lorsque nous avons repris, un an plus tard, les deux classeurs où ils étaient classés car j’avais mis quelques mots clés sur des étiquettes. Il y a pris beaucoup de plaisir, et a pu mesurer ainsi le chemin parcouru depuis les premiers mois de notre travail... (voir dernier article sur le blog "Travail de mémoire Mémoire du travail")

Contrat de départ :apporter quelque chose, texte et/ou dessin

-  Le 1er dessin pose la pression du cadre tout comme l’ostéopathe signale une forte pression intracranienne.(1)
-  Le 2e annonce le dédoublement du sujet, ouvrant la porte à un travail pour lever sa difficulté à choisir qui il désire être.(2)

1ère intervention : il tape ses textes sur ordinateur pour ne pas avoir à les écrire (lever une des pressions) mais en reste à énoncer des faits sans plus. Je propose alors un autre support à l’expression (A).

-  Max découvre le pinceau et parvient à s’exprimer en libérant la pression de l’appui. Il figure ainsi "le brouillard" où il se trouve.(3)

Il passe de lui-même à l’exploration des cadres

-  La reprise du thème du 1er dessin introduit une figuration de son expérience de la "Fête", avec celle du monde des conventions sociales.(4)
-  "L’école", lieu de socialisation, est un lieu où il s’exprime au niveau comportemental. Il se fait "disputer" et après la reconstitution de l’histoire, j’introduis un travail sur le "conflit" avec la différence des points de vue.(5)

-  Max enchaîne sur la fonction des mots de l’écrit d’ouverture à la quête de soi, en rappelant l’insécurité tant linguistique que psychique, entre gêne (mal être) et chaînes (entraves) où il se trouve... (6)
-  Où est-il ? "à côté" dans « sa famille ». (7)

Qu’éprouve-t-il ? De sourire (masque) à rigoler (tristesse) il rappelle un thème déjà actualisé dispute (cf. ci-dessus) et introduit la mort, en particulier celle de son chien. (B)

-  Il se restaure là où il réussit : « le sport ».(8)

Le changement de registre annoncé dès le 3e dessin (voir le lien de la note 7)se confirme

L’ouverture à l’expression dans l’imaginaire (C)
-  souligne la solitude (9)

-  Le travail va concerner le jeu des représentations qui permettent de supporter la séparation (10)
-  Un évènement ici et maintenant sert de support à la mise en place d’un scénario (espace temps) (11)
-  La porte est ouverte à la transformation (12)

Le travail sur les « racines » peut commencer, ancrage familial, éclairer un non-dit (D).

L’ancrage affectif familial (vacances scolaires avec sa marraine) et l’ancrage scolaire (équipe éducative) participent à « lever la pression » (E).

L’image du corps devient support

Intervention (F) sur la main :
-  elle s’ouvre et les doigts deviennent porteurs de mots significatifs pour lui (13).

Le travail se diversifie avec la mise en jeu de représentations...

-  Représentation de l’absent : le dialogue avec l’autre fait exister. Il y a quelqu’un ? (14) Fonction de l’écrit : expression de la solitude (G).
-  L’équilibre de la forme ne peut suffire (15), lois d’inclusion, l’ouverture nécessaire... le satellite [16]
-  Le choix d’illustration du livre « oui ou non » reproduit la situation du « divan » [17] ! Il écrit au verso : je n’ai plus peur. Ce peut être une figuration de la fonction de protection que remplirait pour lui sa marraine depuis qu’il s’en est donné une représentation.(16)

De la pression à l’éruption, une métaphore corporelle.

-  La nourriture ingérée transite pour s’évacuer dans les tourments et la violence (17)
-  ... et s’exprime sous une forme socialisée, dans les loisirs (18),
-  dans un symbole de puissance (19).

Tout s’est donc passé comme si les forces vives en lui cherchaient une issue dans des comportements sociaux autorisés, dans le champ du jeu (le plaisir) et de l’évasion (défense armée).

Le temps de latence des vacances sert de charnière pour mettre en route sa "construction identitaire".

-  La première cascade serait ainsi une métaphore de la prise de risque, et de sa façon de repartir en s’étayant sur la "symbolisation" du langage, ouvrant aux jeux d’association qui libèrent des "chaînes".(20)

Un nouveau départ

-  Max le confirme en se mettant au travail (21)
-  Il inscrit un "BUT" dans le domaine où il réussit : le sport. L’exploration des deux points de vue lui fait exprimer les émotions ressenties en différenciant la sienne ("je") de celle de l’autre ("il").(22)
-  Il met en mots le parcours qui ouvrirait pour lui l’accès au "savoir". Cela passerait par la prise de risque ("tenter"), l’accès au ressenti en passant par l’expression par le corps ("senti"). (23)
Il en vient à illustrer sa passivité actuelle, en position de sujet qui subit "M’", en introduisant un mot clé, "rien", qui sera un an plus tard, à l’origine de sa découverte du plaisir du jeu associatif dont il crée/trouve lui-même les règles (Voir Blog. "le jeu parti de "rien").

En quête d’un cadre pour des règles...

-  Ces règles sont pour l’instant symbolisées par des personnages qui les incarnent sur un plan social. Le sport donne des règles et un cadre. (24)
-  Il y a place pour le temps des loisirs. (25)

En quête de modèle identificatoire...

-  ...il tente de reproduire d’après modèle le buste d’un pirate dans le cadre conventionnel d’un récit imaginaire d’une attaque où les méchants tombent à l’eau... évitant le conflit(26)
-  il introduit la dimension historique et se positionne dans ce qu’on pourrait dire être la rivalité au père, dans une lutte où le chevalier gaulois le plus fort l’emporte. (27)
-  il explore l’imaginaire lié à une situation de loisir en associant sur le signifiant /mèr/, et l’âge moyen qu’évoque le château-fort (cf. note 4). (28)
-  tout comme Lucas, il fait intervenir "le guetteur" pirate dans un contexte de rivalité générationnelle. (29)

L’expression à travers des activités de type "rééducation"

-  un jeu "cognitif" lui fait explorer les différences dans la figuration, donc dans l’expression émotionnelle. (30)
-  un dessin d’un modèle raté fait travailler la grammaire et il l’illustre d’un symbole de dévoration associé à la mer alors que la séparation des vacances s’annonce. (31)

En début de CM1
-  si l’opération tant attendue de sa mère a réactualisé son insécurité, ne dessine-t-il pas un chien (32)
-  il essaie de se lancer : il s’engage corporellement dans une prise de risque, deuxième cascade ratée (33)
et accepte peu à peu le changement au lieu de résister à ce dernier comme tant de dyslexiques...

Et plus tard...

Du "tireur à l’arc" à la "skate attitude" (voir blog), Max s’est investi tant dans son corps que dans son esprit. C’est arrivé au moment où il a eu une "extinction" de voix à force d’avoir "supporté" un cousin à un match que son équipe a gagné, il a enfin eu besoin de m’en parler, en arrivant, exprimant ainsi de lui-même quelque chose de ce registre émotionnel, tant attendu.

Il s’agissait bien d’une nouvelle "voie". Son corps s’est redressé, il ne s’est plus trituré et nous avons commencé à "travailler" ce qui fâche encore.

Il est entré dans les « jeux de langage », à l’occasion d’un jeu d’associations parti de « rien » (voir blog) pour sortir de cette situation où le langage se jouait de lui au niveau phonologique, il a pris la main, en quelque sorte.

Il va pouvoir se centrer sur l’efficacité d’une méthode de travail qui lui permette de réussir et de se sentir exister de façon autonome, même si l’entrée en 6e, après les vacances, favorise une réactualisation de ses difficultés à trouver la bonne distance avec sa mère et à se tenir droit.

PS Depuis la fin de l’année scolaire du début de la prise en charge, l’écrit tenait de plus en plus de place dans ce qu’il apportait. Les dessins ne remplissaient plus la même fonction de support de notre travail. Il était beaucoup mieux intégré dans sa classe de CM2 même s’il n’était pas encore tout à fait au niveau et avait encore besoin d’être encouragé à son niveau de performance, par rapport à ses progrès. Il a encore besoin d’apprendre autrement pour pouvoir progresser en 6e, même s’il s’est autonomisé, ce qui participe à se sentir exister.

Comprendre ces bases qui lui manquent, faute d’y avoir accès alors même qu’il les a apprises, tout en poursuivant ce travail sur lui-même, pourrait lui permettre d’éviter les chutes que ses dessins ont traduit en « cascades ». Il parviendrait ainsi à un réajustement des gestes nécessaires à la réussite sur le plan physique (, métaphore de son parcours psychique.

NB Max a poursuivi son travail sur lui-même comme en témoignent plusieurs articles sur le blog dont le premier s’intitule "espace temps pour exister : un point de vue pour une visée" ... jusqu’à "travail de mémoire et mémoire du travail".


[1] Le yaourt qu’on lui donnait en lieu et place de son propre gâteau d’anniversaire, s’est révélé tout aussi difficile à assimiler que ce qui lui était interdit alors.

[2] Les lettres signalent une intervention directe de ma part. NB, les couleurs des stabilos proposés à plusieurs reprises sont aquarellables.

[3] Il a fallu reconstituer l’évènement dans une BD, image par image.

[4] cf. le parcours d’un enfant probablement dysphasique, Lucas, et ses thématiques centrées sur la survie et la nourriture (voir "du cannibalisme au quotidien"). Ses créations lorsqu’il est entré dans l’écrit se sont centrées sur le Moyen-âge, alors qu’il allait avoir 10 ans, et se vivait comme sortant de l’enfance, "âge moyen" en quelque sorte. L’écrit autour de ce thème, le dessin du plan du château-fort où l’histoire se déroulait, après le dessin de la maison de ses rêves, a pris le relais du jeu avec des play-mobils support de ses mises en scènes des attaques de la base du "vaisseau" qui le représentait (corpus de thèse).

[5] Il a illustré ce mot en dessinant dans un petit cadre, un homme enchaîné levant les bras écartés comme pour s’en délivrer (est-ce la figuration de la demande d’aide ? (voir blog).

[6] Je lui ai demandé de noter au jour le jour ce qui se passait d’important, dont nos séances, et l’ai amené petit à petit, par mes questions, à acccompagner les évènements d’une évaluation.

[7] cf. Amin, cité dans l’article proposé autour d’un dessin de Miloud, pour un dessin qui illustrerait un des aspects du fonctionnement de l’inconscient, sur le blog "écrire, c’est quoi pour toi ?" catégorie "Langage").

[8] Il ne peut sélectionner ce qui peut être intéressant à dire, ce qui a eu de l’importance pour lui entre deux séances (consigne de départ).

[9] (cf. "La dyslexie maladie du siècle" Mucchielli R & Bourcier A 1963 ESF).

[10] Son dessin m’évoque la Figure de Rey en mémoire reproduite dans Graphisme Lenteur et conflit (rubrique "Limites de nos interventions").

[11] Un dialogue s’engage : si tu te mets à ma place, je dirais quoi ? - "Ya pas assez de détails" et ajoute "mais c’est parce que je l’ai fait à midi et vite". Je demande s’il n’y avait pas pensé avant ? "Ben j’avais pas trop d’idées ...à faire quelque chose" Qu’est-ce que ça veut dire ’faire quelque chose ?’ "c’est pas facile à dire"

[12] Il tiennent droit avec du gel. Ce n’est donc plus la bouche, mais la mèche de cheveux qu’il va tortiller en cas de difficulté.

[13] J’ai l’habitude de pratiquer le dessin à deux inspiré de Winnicott.

[14] La fois suivante il pourra y voir une banae ou une gousse de cacao (autorisé), des bonhommes minimousses.

[15] avec modèle. Je ne peux m’empêcher d’évoquer le récit de Noémie « le dernier pirate » bien que ce soit plus son introduction comme personnage que le récit qui importe ici : il représente une deuxième figuration, après le policier, figuration que je dirais conventionnelle.

[16] Je ne peux m’empêcher d’évoquer l’étape où Lucas a introduit un petit vaisseau dans son jeu peu après qu’il ait reconstruit celui qui s’était cassé en mille morceaux. Est-ce la défusion qui permet la mise en route d’un processus d’identification (au père ?) ?

[17] Figuration d’un cadre psychanalytique ? ou plus simplement d’un travail qui se situe dans un autre registre que l’ici et maintenant d’une rééducation orthophonique ? Probablement inspiré par une des illustrations...


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Thèmes abordés :
dessins
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