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Les mondes parallèles d’un trisomique (2)
LA FASCINATION DE L’IMAGE
mercredi 27 juin 2007, par J.Zwobada Rosel


Le premier article a présenté quelques dessins d’Artus enfant, figurant son monde, puis l’introduction de bulles pour exprimer ce qui échappe au réel figuré jusqu’alors, comme dans les cauchemars.
Le dessin est toujours un mode d’expression privilégié pour Artus mais évolue en lien avec son propre développement et les thèmes de ses questionnements.
-  Adolescent il a besoin de comprendre qui il est et, parallèlement au temps des films cultes, viendra le travail d’approche des concepts qui permettent de se situer dans le monde par la pensée... Des métaphores figuratives favorisent sa compréhension du monde jusqu’à lui permettre de se servir directement du langage pour s’exprimer avec ses mots et sa syntaxe :

MOI HUMAIN HANDICAPE TRISOMIQUE

A qui s’identifier ?

Artus cherche à se situer, non seulement dans sa relation au monde qui l’entoure, connaissance du réel, du fictif (cf. « Amélie Poulain » film qui lui a beaucoup plu) mais, dans son système de croyances, à se situer comme vivant face à la mort inéluctable qu’il ne veut pas accepter. Il est immortel comme certains héros des films qu’il a pu voir (Le Seigneur des Anneaux). Adolescent, il rencontre également le problème de sa sexualité et de l’intensité des sentiments qu’il éprouve, face à l’interdit du passage à l’acte, clairement posé dans sa famille . Comment le guider quand il vient me voir pour que je l’aide à mettre en mot ce qu’il veut pouvoir discuter avec d’autres élèves du collège, et plus personnel, avec sa mère. Il me faut le comprendre, lui faire faire le chemin qui conduit à la réalité à sa façon, et il m’y aide en indiquant à chaque séance le thème qui le préoccupe.

-  Il me semble que je fais fonction d’interface traductrice... si je peux me permettre cette métaphore : de lui au monde social et à ses règles, de lui à ce qu’il ressent et essaie d’exprimer en s’accrochant à certaines représentations qui le rassurent, la croyance prenant le pas sur un discours scientifique dans sa relation au monde.

Evolution du dessin au "texte" au cours de la prise en charge

Le langage

Nous parlons de sa vie et de ses relations avec les autres.
Il me parle aussi des films qui lui ont plu et nos discussions constituent un support de représentations, lorsqu’il les dessine.
Il devra m’expliquer ses références filmesques que je ne connais pas et ai donc du mal à comprendre.

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-  Sa série préférée : Le Seigneur des Anneaux. Je comprendrai ultérieurement pourquoi : le héros est immortel.
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-  Lorsque je lui demande de me faire comprendre ce qu’il appelle les 5 éléments, il produit les dessins suivants :

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-  Me présente-t-il ainsi sa vie imaginaire ?

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-  Il part en vacances dans une colonie ordinaire, intégration sans aménagement particulier. A son retour, il dessine de mieux en mieux et se montre parfaitement intégré.

-  Première figuration de “Mission Impossible”.

-  Il invite une camarade qui s’est intéressée à lui en colo
-  

et son écrit témoigne de sa parole : association de groupes de mots qu’il écrit automatiquement comme « tu vas bien » « une bonne vacance » « jouer avec moi », « beaucoup des cartes pokémon 150 », « mon cœur tu me manque je t’aime » comme des formules apprises, et un mot qui fait sens en valant pour un groupe de mots :
Le premier "Je" n’a pas de verbe, il porte l’espoir (’espère) ou l’intention (de moi à toi).
Son expression orale est sujette aux mêmes contraintes : agrammatisme, troubles d’articulation à chaque fois qu’il essaie d’exprimer quelque chose qui n’est pas du discours rapporté.

Mort et culpabilité

-  Le travail se poursuit ainsi sur la différenciation du réel et des images, travail difficile car il est très préoccuppé par la mort. Sa grand-mère paternelle est mourante. La stéréotypie se déplace des éléments répétés dans ses dessins, sur des "briques".
-  Il se fabrique alors des machines de la vie éternelle en polybrick : trier les bons des méchants, en y rajoutant toujours de nouvelles pièces pendant plus d’un mois...

Comment aider Artus à organiser sa pensée sur un mode moins réductif, selon la valeur morale du bien et du mal ?

  • Orthophonie ?

-  Mon travail porte sur la mise en relation de ce qu’il découvre avec tout ce que nous avons vu et fait ensemble, le mettre en mot en le lui rendant plus accessible et plus transmissible.

  • Comment l’aider à sortir de son enfermement ?

-  Que faire face à cet adolescent replié sur lui-même, les traits crispés, qui ne peut en parler autrement que par des actes : la machine qu’il construit, puis des livres qu’il apporte, puis des annonces de cauchemars (non travaillés cette fois), puis, enfin, la demande explicite de lui donner les moyens d’en parler avec d’autres en s’appuyant sur « ses » représentations.

  • Une réponse culturelle

-  Je réponds à la situation de “construction” à vide en quelque sorte, de sa "machine", en occupant ce temps qu’il passe à la refaire, la compléter, en lui lisant l’introduction des Contes Mythologiques « Le chaos », puis le deuxième chapitre où il est question du droit d’aînesse. Il revendique alors ce droit à l’occasion d’un conflit avec son frère : il est responsable de lui en l’absence de ses parents.
Il se sent trés concerné par la guerre qu’il a beaucoup étudiée au collège (La guerre en Afghanistan avant l’Irak). Il ne veut donc pas des contes africains que je lui propose parce qu’il y a la guerre en Afrique.

-  J’essaie en vain de l’amener à se détendre en tentant de déplacer les thèmes de nos discussions.

Il apporte alors un livre sur les volcans, puis sur l’histoire des religions [1].

Comment lui permettre de comprendre... ?

  • La figuration de la mise en "page"

Je fais une fiche sur les différences entre
-  L’homme (un homme/une femme) : vit, pense, âme et de l’autre côté de la fiche : cœur/aime.
-  L’animal (un mâle/une femelle) : vit, ne pense pas/ne parle pas et de l’autre côté : cœur aime,
pour essayer de parler de l’affectivité et des modalités de la communication animale qui ne passe pas par le langage.

  • La figuration des tableaux

Il reprend les héros du seigneur des anneaux, ce qui nous amène à parler de son refus de la mort (l’un des héros est immortel). jusqu’au jour où...

Nous étions revenus, à ce moment, à son tableau du temps [2] sur un porte photos où je l’ai inséré en miniature,

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et en retombant sur une marque laissée par la trace de la découpe dans la photocopie se trouvant au bout de la flèche indiquant le futur, nous avions pu situer la vie éternelle de l’autre côté de cette trace.
Il avait enfin des projets d’avenir plus réalistes ... de l’ENA (style de la famille) à plombier, et l’a inscrit lui-même.

  • Pulsions et croyances

Le dialogue du cauchemar des filles ( [3]) montre la part de l’étayage de mes interventions dans la mise en place de « concepts » avec le plus grand respect de ses croyances. Elles lui viennent de ses discussions familiales, de l’école, du catéchisme, mais aussi de tout ce travail préalable que j’ai cru bon de préciser : nous avons ainsi construit de façon interactionnelle les bases d’un système idéologique qui autorise certaines de mes interventions cf. « animal/humain » ci-dessus.

Le « travail » d’élaboration de « concepts » se poursuit Son avenir avec la fille qui sera sa femme : l’immortalité et la vie éternelle... comment le lui faire comprendre ?

Nous sommes retournés au tableau du temps à partir du présent, et au fil de la discussion avons mis en place les deux types d’immortalité. Celle de la fiction romanesque, l’imaginaire des histoires, et celle de sa réalité qui est de croire en Dieu, ce qui permet à son âme d’être immortelle. On naît, on meurt, c’est la vie...

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Dans ce contexte seulement il a pu « accepter » l’idée de la mort pour lui.

  • Sollicitation de l’imaginaire, vers un "Récit" prélude à l’élaboration de sa propre histoire

Je lui donne alors le Tarot des 1001 Contes. Il choisit des cartes et me dicte un récit intitulé « La mort des méchants ». Après les vacances, il m’annonce « je suis vertébré » et veut écrire sur la vie.

-  


Il mesure sa taille sur le poteau où on les inscrit. Puis il se souvient de notre discussion sur le cœur (les animaux nous aiment avec leur coeur) et je suggère un logiciel interactif pour comprendre le fonctionnement du corps humain, du coeur, du cervau... Je lui propose également de s’intéresser à “La vie sur Terre”, livre illustré que nous parcourons.

15 jours plus tard il veut dessiner et réalise deux dessins où il se projette dans l’avenir : "La vie une femme"

-  

Il se définit : « Moi c’est moi, Artus, Dieu m’a créé » me dit-il en m’annonçant que quelqu’un est « tombé amoureux... de moi ». [4] Il poursuit alors et m’exprime son « système » de pensée :

« Moi je suis une image. La vie c’est une image blond, brun, brune, toutes les couleurs, c’est différent c’est une image ». « Moi je suis blanc, blond ». « Une image pour Dieu. Ça. Il donne l’image. C’est pour moi ».

-  

La bulle du 2e dessin, véritable lapsus par rapport à ce qu’il a cherché à exprimer, renvoie à son narcissisme, c’est un autre lui-même qu’il recherche dans l’autre-femme de son avenir, ce n’est pas ce qu’il avait voulu écrire, ni même dessiner... Il est bien dans un monde d’image, le miroir...

Il est enfin calme et heureux et peut « rêver » en « images ». Il l’a formulé ainsi et je pense que c’est en en discutant par la suite avec sa mère que cette façon de distinguer le réel de l’imaginaire a pris « forme » pour lui.

Je fais l’hypothèse qu’il est passé, dans ses dessins, d’un mode d’expression perceptif/descriptif à l’élaboration d’images mentales susceptibles de donner un cadre à sa pensée.

Les mots ne peuvent lui suffire, il se rassure en les voyant organisés dans une relation qui n’est pas sur le mode de la syntaxe, mais souligne les champs sémantiques d’opposition et indiquent les mouvements de façon iconique dans un cadre spatialisé.

Un mois plus tard il dessine l’escalier pour monter jusqu’à l’esprit.

-  Le cœur mon âme

-  Le cerveau mon esprit
(on ne peut pas les dessiner)
Il est devenu tout à fait capable de se projeter dans le futur, il commente « maintenant, je suis seul ».

Nous nous quittons pour les vacances en reprenant la forme de sa parole, il accepte d’essayer de contrôler sa prononciation défectueuse (ch/j et tr)...

Discussion

Ce parcours n’a pu se faire que dans une relation interactive où nous avons construit à deux les mots qui donnent forme et expriment, jusqu’aux concepts essentiels de l’homme : cœur et esprit. Le dessin nous a beaucoup aidés, la schématisation aussi et son dernier dessin, de son cru, pourrait justifier métaphoriquement toutes les hiérarchies.

Ce parcours souligne pour moi l’importance du temps dans l’histoire, et avec la prise de conscience du réel par rapport à l’imaginaire, de ce qui donne sens à la vie pour inscrire un présent qui se construit.

(à suivre en 3) pour ses deux derniers dessins celui de l’angoisse d’être robot fabriqué comme "Terminator", et la réponse qu’il apporte 15 jours plus tard...


[1] Force des pulsions et "certitudes" des croyances, puisque écrites ?

[2] une visualisation spatiale du temps, construite avec l’enfant, à partir de maintenant, flèche vers le bas, temps de l’énonciation, puis reconstitution de son histoire en remontant le passé, dans les deux sens, car l’énonciation se déplace du côté du futur, resté longtemps vide de toute possibilité de projection. Le tableau a été remanié à plusieurs reprises et un morceau de la flèche rouge n’est pas dans cette version

[3] Un 3e article présentera des extraits du corpus du dialogue "Le cauchemar des filles", accompagnant la réalisation de ses deux dessins et le passage de l’adolescence à l’âge adulte avec les deux derniers dessins. Cet article reprendra les éléments d’interprétation des dessins dans le cadre de ce handicap, en particulier, leur rapport à la stéréotypie.

[4] Il a commencé par une forme qu’il recouvre de coeurs, qui prennent la place de l’herbe de ses dessins précédents.

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Dans la même rubrique :
Les mondes parallèles d’un trisomique (1)
Les mondes parallèles d’un trisomique (3)

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