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imprimer cet article Bonjour Madame la Mort
dimanche 7 mars 2004, par Frederique Mattei


Au moment où ce texte était rédigé (février), Ferdinand était en CE1. Il en était à sa 22ème séance de rééducation (avec moi). Il avait déjà bénéficié d’un suivi rééducatif en Grande Section de Maternelle, cependant ses parents avaient souhaité que celui-ci s’achève, leur relation avec la rééducatrice me précédant ayant été conflictuelle. Finalement, suite au travail du maître relatif à la demande d’aide, ils ont accepté que leur fils reprenne une rééducation en milieu de CP (en février).

Dans son signalement au RASED, le maître faisait état des grosses difficultés de Ferdinand en graphisme, et face à l’écrit en général. Il expliquait que, face aux tâches demandées autant en écriture qu’en lecture, il se tenait en retrait, refusait de s’engager. Il avait néanmoins évolué passant de « je veux pas faire » à « je sais pas faire ». Il écrivait très mal, crispé sur son crayon, ne sachant toujours pas former les lettres, même son prénom était illisible. Du psychologue scolaire, j’avais retenu que c’était un enfant sans limite.

Dès le début de la prise en charge, à partir de ce qu’il m’avait donné à voir et à entendre, j’avais émis l’hypothèse que la question de la mort pouvait être au centre de sa problématique.

Dans une première période (5 premières séances), il a mis en scène des jeux de rôles où nous étions des combattants féroces. Dans le scénario que je lui demandais d’élaborer et de formuler avant qu’il n’entre en action, j’étais systématiquement le chevalier vaincu et occis par ses soins. Je devais faire mine de mourir dans des douleurs atroces.

Puis il a soudainement abandonné cela pour des jeux à règles, comme s’il avait assez joué ses préoccupations et questionnements. S’en était-il lassé ou en était-il rassasié ? Avait-il pu les mettre à distance en les jouant ? S’était-il libéré de ses angoisses ?

Ni l’un ni l’autre ! En effet, par les dessins libres que je lui proposais toujours d’élaborer en deuxième partie de séance, après le jeu qu’il avait choisi, il a continué de représenter des combats, de manière grossière toujours en se crispant sur le crayon, sans paraître faire le moindre effort d’application. Le fond l’emportait-il sur la forme ? Ses scènes étaient très tourmentées, révélant une grande violence, avec beaucoup de rouge, du sang, des explosions, des morts, le tout accompagné d’onomatopées et de commentaires spontanés sur ce qui se passait. A ma demande, une fois le dessin terminé, il me dictait des récits apocalyptiques où la mort était omniprésente. Mais il ne faisait pas partie de ses scénarios, il ne s’y mettait pas en scène.

Un jour, il a commenté « cherche pas, y’a pas de gentillesse là-dedans ». De quel dedans parlait-il ? D’où parlait-il ? Etait-il dans le faire semblant, dans l’espace transitionnel, ou rapportait-il des paroles entendues à son sujet ?

Lors de la 11ème séance, les jeux de combat réapparurent et il décida de dessiner une énorme tête (format A3) blessée, par une flèche, il recouvrit avec énergie les yeux de rouge. Il m’expliqua que le sang coulait dans ceux-ci et de la bouche, « du sang qui sort de partout » « il est mort », puis n’étant plus dans le faire semblant, me regardant dans les yeux, il commenta avec aplomb et sérieux « quand on est mort, on est couché, on peut plus rien faire en attendant que les insectes viennent nous manger ». Alors que je questionnais sur ses représentations, il répondit « je sais, c’est comme ça ». Puis ces dessins et jeux morbides s’arrêtèrent.

A la 22ème séance, après une longue période de jeux à règles choisis par lui, il décida que nous jouions aux chevaliers . C’était la première fois depuis septembre (depuis qu’il était en CE1) qu’il reprenait ce jeu.

Il élabora un scénario dans lequel c’était lui qui mourait et non l’autre. Il se faisait manger par des lions parce qu’il avait bravé un interdit malgré une pancarte avec les indications écrites lui barrant le chemin. Quant à moi j’étais le gardien, censée lui interdire ce passage. Le jeu terminé, il prit les dominos et au bout de 5 minutes arrêta, commentant « t’en as pas marre des dominos ! Lis moi un livre ». Il choisit « Bonjour Madame la mort » [1] qui était loin de sa représentation crue de la mort

  • il était en ma possession parce qu’il m’avait aidée à aborder ce thème avec une enfant, alors que la « découverte de Petit Bond » [2] avait été une véritable catastrophe pour elle. Elle n’acceptait pas que l’oiseau soit mort et enterré. Les images de l’oiseau les pattes en l’air, le trou creusé pour sa tombe lui étaient intolérables.

Comme je lui demandais un dessin, il décida d’illustrer le passage qu’il avait préféré. Mais il ne voulut pas du papier, il préféra le tableau effaçable - c’était la première fois qu’il l’utilisait. Il dessina donc tout en noir la tombe avec un portrait dessus puis effaça tout. J’ai alors pensé que cela le devait rassurer : il n’y aurait pas de trace dans son dossier. Mais il prit deux feuilles, refit son dessin à l’identique sur l’une et le signa de son prénom, sur la tombe, comme s’il s’agissait de son nom inscrit sur sa propre tombe. Il me tendit spontanément l’autre feuille et me dicta avec sérénité « Bonjour Madame la Mort. Il était une fois une vieille dame, vieille comme la peau du ciel . Mais un jour la mort arriva et elle se réconcilia auprès de la mort ».

Je dois ajouter que je ne commente jamais une œuvre lue, je dialogue avec l’enfant en suivant son cheminement. Je le questionne sur ce qu’il a préféré dans le livre, ce qu’il n’a pas aimé, pourquoi, ce que ça évoque pour lui. J’ai trouvé sa formulation magnifique, j’aurais certainement été incapable d’en parler ainsi moi-même (cela, en revanche, je lui ai signifié).

Contrairement aux autres séances il a quitté la salle très calme, comme serein, ayant vraisemblablement bousculé ses représentations et élaboré une réponse (même partielle) à ses questions.

Peu de temps après il avait compris la correspondance grapho-phonémique, la combinatoire et acceptait de lire et d’écrire en classe ! Il semblait avoir commencé à abandonner sa position de toute puissance.

Dans sa quête, Ferdinand avait certainement ressenti le besoin d’être accompagné dans le registre imaginaire. Toutes les réponses qu’on avait pu lui faire (ou ne pas lui faire) au sujet de la mort ne l’avait pas satisfait, elles étaient trop ancrées sur le savoir et la connaissance. La rééducation scolaire, lui offrant un espace potentiel, lui a permis par le jeu d’être créatif. Il a ainsi pu, comme l’écrit WINNICOTT dans « Jeu et Réalité », accéder au sentiment de soi et grandir. Les jeux symboliques et les dessins accompagnés de récit lui avaient permis d’aborder sans danger son questionnement sur la mort. Le livre « Bonjour Madame la Mort » lui en avait donné une clef.

Site de l’Ecole des Loisirs


Sur le thème de la mort, un article de Guy Hervé "Comment dire l’indicible" dans le TDC n°843 La littérature de jeunesse face à la mort, CNDP


[1] TEULADE P, ill. SARRAZIN JC. Bonjour madame la mort, Paris : l’Ecole des Loisirs , 1997Présentation de l’éditeur : «  C’était une très vieille femme, qui n’entendait et ne voyait presque plus rien. Lorsqu’un jour, la mort vint frapper à sa porte, elle la pria gentiment d’entrer. Elle était bien contente d’avoir de la visite. La mort fut si surprise... qu’elle en tomba malade ! » Ce livre a reçu le Prix « Chronos » 1998 décerné par la Fondation Nationale de Gérontologie et le "Prix Boischaut-Jeunesse" 1998 et le "Prix Bernard Versele" 2002, remis par la Ligue des Familles de Belgique

[2] VELTHUIJS M. La Découverte de Petit-Bond . Paris : l’Ecole des Loisirs, 1991 Présentation de l’éditeur :« Petit-Bond et ses amis découvrent un merle qui ne bouge plus. Que lui est-il arrivé ? Peut-être dort-il ? Peut-être est-il malade ? Non. Le merle est mort... Petit-Bond et ses amis sont bien déconcertés par cette découverte. Mais très vite, la vie reprend ses droits. »

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