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imprimer cet article Une erreur humaine
RÉPONSE À UN COURRIER ENVOYÉ PAR MARIE DE BAIE JAMES
mardi 16 décembre 2003, par J.Zwobada Rosel


De si loin...

Chère Marie

Merci de nous faire confiance en nous envoyant ce témoignage. La souffrance d’être dyslexique... Il semble que ce soit lourd quand on regarde en arrière. Ce qui me semble merveilleux c’est que vous avez trouvé le moyen de l’exprimer. Mes observations et l’analyse que je peux en faire confirment tout à fait ce que, très justement, vous mettez en évidence comme le plus "frustrant" voire "révoltant" pour un dyslexique : on l’accuse à tort et c’est une injustice fondamentale, insupportable. Conséquence de ce que j’appelle un monde "décalé".

"on me répète que je n’écoute pas, que je me répète sans cesse..."

C’est extrêmement bien vu, car vous écoutez 3 fois plus que les autres mais "n’entendez" pas comme eux. De ce fait, au lieu d’entendre les sons de la langue, vous devez reconstruire des différences, des ressemblances pour les reconstituer, vous vous centrez sur la forme de ce qui est dit pour essayer de le retenir le temps d’en saisir le sens, et c’est mille fois trop long et il fallait réagir plus vite : LES MOTS NE FONT PAS SENS AUTOMATIQUEMENT POUR VOUS ? VOUS DEVEZ LE RECONSTRUIRE. Un des moyens d’y parvenir c’est de tenter de se le répéter ou de SE LE DIRE A SOI-MÊME, tout comme vous vous répétez plusieurs fois ce que vous dites pour le fixer, n’en gardant qu’un trace sans forme, ESSAYER DE LE METTRE EN MEMOIRE, pour se souvenir. Dans ces conditions, l’avez-vous déjà dit ? Comment se rappeler ?

Ils pensent que vous les prenez pour des débiles (ou des enfants) ce qui les contrarie bien sûr ! EUX N’EN ONT PAS BESOIN. Alors que vous êtes vis à vis de vous-même comme une mère qui doit le répéter à son enfant plusieurs fois pour que celui-ci comprenne ce qu’elle attend de lui. UN DIALOGUE INTERIEUR en quelque sorte qui sort malgré vous de votre bouche.

"que je ne comprends rien"

Plus grave, il s’agit d’écouter, non seulement pour retenir mais pour "comprendre" car on arrive au maître-mot de beaucoup de dyslexiques lorsqu’ils ne peuvent retenir pour en faire quelque chose, sans avoir compris comment ça fonctionne, à quoi ça sert, faute de pouvoir seulement apprendre. LE PROBLEME DES AUTOMATISMES. Tous ne sont pas égaux de ce point de vue. Certains ont ce que j’appelle une "bonne mémoire" pour "réciter" sans rien en intégrer du point de vue de le "traiter" en tant qu’information non liée à son support. Cela permet, à force de répéter mille et une fois là où il en faut 5 ou 10 pour les autres, et de réciter (voir Manet sur le site). Je dramatise un peu car je rencontre des enfants dyslexiques qui s’en sortent à peu près avec leur travail, car ils mettent en oeuvre plusieurs stratégies selon ce qu’ils doivent apprendre, mais échouent tout comme vous pour l’orthographe et l’expression écrite.

Je reviens à "comprendre". Comprendre c’est aussi le rapport aux mots qu’il faut apprivoiser, rabacher dans tous les sens, inventer des histoires pour s’en rappeler, les dégager des difficultés de forme, ou des émotions qui y sont associées (cela joue souvent pour les dyslexiques sans qu’ils le sachent toujours).

"que ma façon de dire les choses est parfois incompréhensible"

j’y vois deux raisons, ce qui est important pour vous a besoin d’être souligné, et vous le dites d’abord (c’est une stratégie du début du langage), ce qui bouscule la syntaxe, et cela inclut les justifications que vous vous obstinez à donner de votre façon de faire, de dire (ce besoin de vous faire reconnaître, d’avoir raison, le dernier mot, vous êtes sûre de la justesse de votre raisonnement),

la deuxième concerne votre façon même de penser ; vous arrivez directement au résultat (résoudre un problème qui se pose) et vous l’argumentez à l’envers, en partant de votre solution et déroulant chaque "tableau" pour remonter aux sources, de proche en proche, de votre "raisonnement" (en est-ce un ?). Il faudrait le recommencer dans l’autre sens pour qu’on vous comprenne. J’ai parlé de tableau car je ne peux parler en terme de’articulation de concepts, d’idée, puisqu’il faut pouvoir les remonter comme les anneaux d’une chaîne.

Je ne sais pas encore bien m’exprimer, avec des mots compréhensibles, pour faire comprendre ce qui se passe avec d’autres "mots" que les termes habituels d’induction et de déduction puisqu’il ne s’agit pas d’un raisonnement à proprement parler.

Dire peut-être qu’il s’agit de remonter aux sources d’une intuition en la déroulant à l’envers, après-coup, en empruntant les mots des autres, mais que n’étant pas un cheminement abstrait, il faut pouvoir s’accrocher de proche en proche aux dernières traces de "pensée" qui échappent si on ne les exprime pas au fur et à mesure ?

"que les écrits n’ont ni queue, ni tête"

Bien évidemment puisqu’ils correspondent à cet embrouillamini de pensées qui se télescopent, sans trouver de forme canonique où se fixer, et que votre fonctionnement associatif aidant à la dispersion, ajouté à la crainte de perdre vos idées, vous fait vouloir tout dire à la fois, sans sélectionner pour pouvoir hiérarchiser, sacrifier ce qui vous semble indispensable. Vous devez tout contextualiser. Dites-vous que ceux qui ne vous comprennent pas, ne peuvent jamais penser qu’à une seule chose à la fois, et ont besoin de suivre une idée jusqu’au bout, alors que dès que vous, vous avez saisi (et là vous êtes très rapide), vous ne supportez plus d’y rester, vous le dites et passez à autre chose. Et je ne parle pas de l’orthographe qui fait effet de brouillage supplémentaire, l’impossibilité de donner des références précises, de préciser "qui est qui" dans votre usage des pronoms entre autre.... etc... J’oublie certainement beaucoup de choses mais j’y reviendrai... dans d’autres messages.

Vous avez bien sûr besoin d’être aimée et vous ne manquez pas d’amis, vous débordez d’amour vous-même, mais ce n’est pas cela qui vous fait reconnaître comme différente de qui vous êtes, puisque vous êtes différente de Monsieur tout le monde. Vous aimeriez guérir de cette maladie peut-être, mais de mon point de vue ce n’est pas une maladie dont on guérit (ni une maladie du tout), et toutes les reprogrammations (par des super-rééducations) du monde (c’est la façon de remodeler le cerveau semble-t-il) ne résoudront pas l’ensemble des problèmes qui se posent, et qu’on considère alors comme un effet secondaire de cette "affection". J’associe ce terme à "affectif", même famille de mot qui marque bien que cela "affecte" la façon d’être dans tous les secteurs, ce qu’on appelle "être au monde".

Cela commence très tôt, un autre regard, une autre perception, une autre compréhension, une autre façon d’accepter ou de refuser l’inévitable sur un fond d’extrême sensibilité, vulnérabilité et toujours ce décalage, qui fait que, quelque part on reste un éternel enfant, tout adulte qu’on soit, avec toutes les valeurs de l’enfance encore d’actualité, mais aussi un mode de pensée qui contourne l’accès à l’abstraction, au raisonnement logique (celle du QI par exemple) etc... Je ne peux tout dire en quelques lignes mais voudrais arriver à ce qui me semble le plus important pour vous actuellement.

Lorsque vous acceptez votre handicap, vous pouvez essayer, à partir d’une analyse aussi pertinente que celle que vous avez pu faire, essayer de trouver des parades pour vous adapter aux autres et à LEUR fonctionnement, cela vous permettra d’être en paix avec vous-même et de mieux gérer vos relations avec les autres. Je n’ai pas du tout évoqué la part du stress et sa relation à l’échec en relation avec ce conflit de fonctionnement que j’ai tenté de décrire, dans la mesure ou un dyslexique peut essayer d’emprunter celui des autres qui leur réussit et qu’on voudrait lui imposer. Ce sera pour une autre fois.

J’en viens, toujours dans le cadre de cette différence qui est bien là, à évoquer que faire ? Chacun a son parcours. Pour ma part, je n’encourage pas, pour l’ensemble de tous ceux que je rencontre, une approche de type PNL, ou maintenant thérapies cognitives, qui devraient permettre une restauration de l’estime de soi, de mûrir, etc... car le rapport aux mots peut faire écran à la portée de la démarche. Positiver est un vain mot. Cela s’adresse à ceux de l’autre monde (je rappelle que ce décalage est une hypothèse descriptive de ma part et non une théorie...).

J’ai bien entendu que vous êtes une "fonceuse". Quand vous parlez de fuir, ou de ne pas fuir, de quelle fuite s’agit-il ? Ne vous fuyez pas vous-même, je pense toujours à la petite chèvre de Monsieur Seguin qui ose s’affronter au loup, (mais vous, vous êtes un être humain qui peut aussi, non tricher, vous ne pourriez pas, mais dévier le combat, le transformer peut-être), et retourner dans ce monde où elle se sentait prisonnière, enrichie de tous ces parfums qu’elle a humé, du souffle du vent, de l’ivresse d’une redescente, et en quête d’un nouveau maître qui la laisserait plus libre peut-être, inventez une fin qui vous convienne.

N’oubliez pas que ceux qui vous voient, "ridicule", le font dans le cadre de stéréotypes qu’on leur a inculqués. Ils ne voient pas par eux-mêmes mais comme on le leur a appris. Laissez tomber ce type de miroir, car en fait c’est vous le miroir qui leur permet de se sentir plus forts que vous, là où c’est important pour eux. N’oubliez pas que vous avez vos propres valeurs et qu’il n’y a aucune raison de les laisser de côté pour celles des autres. Je l’ai déjà évoqué à quelqu’un qui avait votre âge : ressourcez-vous en vous-même, à travers votre corps, vos sensation, votre façon de "créer" (la créativité va généralement de pair avec le fonctionnement que j’ai décrit), ce qui passe par "trouvez votre mode d’expression", au delà des mots même, bien que cela puisse aussi vous aider.

Dans le témoignage de base vous avez quelques pistes : l’intelligence "bête" en est une pour échapper au jugement qui dévalorise ses propres capacités.

J’espère vous avoir ouvert quelques autres pistes, mais votre parcours ne peut être que le vôtre, c’est à vous de le trouver. En tout cas, question d’écrire, tout l’essentiel y est, en raccourci certes, mais vous avez "réussi". Je vous en remercie car cela m’aide à analyser, pour proposer à chacun de mieux comprendre pourquoi il en arrive là et comment s’y re-trouver.

A bientôt de continuer cet échange peut-être ?

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