Plan du site Administration Contact
l'apprentissage en question
Vous êtes ici : 1 - Documents de base > Dessin, espace et construction de représentations (trisomie)
 

 

1 - Documents de base
1 . Témoignages
Le témoignage en question
2 . De l’effet de bascule
A propos de la "Mémoire"
Apprendre à lire et "dys" ?
Ecrire l’écrit
Musique
Musique et apprentissage
Dessin et représentation symbolique
De l’image à l’écrire
Forum

2 - Discussion des implicites
Dialogue et interprétation
Dyslexie
Lecture et compréhension
Questions autour de l’évaluation

3 - De ceux qui n’apprennent pas comme on enseigne
8 bis Dys-calculie et autres dys
Que faire ?
Parcours du lire écrire

4 - Evaluation d’expériences de terrain
Festival de l’audiovisuel et des technologies nouvelles en Orthophonie - Nancy
Versant didactique
versant prise en charge spécifique :

5 - L’interculturel...
ARIC 2001
ARIC 2003
ARIC 2005 Alger

6 - Textes non publiés
Récit et histoire familiale, transmission.

7 - Et du côté de l’Education Nationale
Enseignement spécialisé
Rééducation scolaire

8 - Limites de nos interventions
orthophonie
Conscience de son propre handicap - Evolution
Mots balises : dépassés ou éclairants ?
rééducation scolaire

9 - Lectures

Agenda

Conditions d’utilisation

Du côté de la créativité

Jeu symbolique
Evolution du jeu symbolique

Les auteurs
Références bibliographiques

Liens

Thèse

Rechercher sur le site :
imprimer cet article JEUX ET DESSINS DE YANN, TRISOMIQUE DE 9 ANS
Dessin, espace et construction de représentations (trisomie)
LA RELATION À...
mercredi 2 janvier 2013, par J Zwobada Rosel


Dans le cadre d’un trouble d’origine génétique, tel que la trisomie 21, on n’est pas surpris de voir les enfants qui présentent cette anomalie génétique entrer différemment des autres dans les apprentissages. Qu’ils soient en retard dans leur développement tant moteur que cognitif n’étonne personne. De même, leur statut d’handicapé ne peut manquer d’avoir une incidence sur leur développement psycho-affectif et l’autonomie qui découle de son évolution...

Mais quand on sort d’une évaluation statistique, chaque enfant a ses propres cartes à la naissance, différentes de celles d’un autre, et de plus dans un environnement à chaque fois différent, pour une histoire de vie à écrire. Les enfants trisomiques n’échappent pas à cette règle.

Je n’ai suivi que deux enfants trisomiques, et, en fin de pratique professionnelle, je ne me vois pas ne plus les suivre. Chacun m’a éclairé différemment sur certaines caractéristiques de ce développement potentiellement différent.

L’introduction du Power Point présenté au festival de l’audiovisuel de Nancy en 2006 : "Dessin, éveil et entrée dans les apprentissages" souligne cette spécificité signalée dans l’orientation de leur prise en charge.

Problématique : Trisomie

La relation à...
En quête d’objet unifié, l’entrée dans le jeu symbolique : Yann (9ans - 10 ans)
-  Les dessins témoignent d’une évolution fulgurante.
-  Ouverture à l’autre : regard, tour, théories de l’esprit, partage émotionnel. Distanciation du jeu et du langage.
-  Quelle entrée dans les apprentissages ?
« Une « maladie » de l’intelligence » ! 
Organisation du monde et conceptualisation : Artus (12-15 ans)
-  Figuration par le dessin : représentation et expression, la vie
-  Figuration par le langage écrit : des mots pour dire (schémas)

Apprendre la vie n’est pas seulement apprendre à parler et à lire...
Il faut un lieu d’expression pour lier -savoir et émotions- : le développement est un tout, même chez un trisomique !

Les orientations

* Yann, à 9 ans, ne parle pas, est instable et insaisissable. Il lui faut trouver forme et sens,
-  dans la relation à l’autre
-  et aux objets dont il découvre les propriétés,
-  Entrer dans l’appropriation du symbolisme avant d’accéder au langage articulé,
-  Et d’entrer dans les apprentissages.

* Pour Artus, intégré au niveau du collège, l’élaboration implique un étayage particulier : l’aider à organiser ses mots pour se rassurer, puis communiquer avec l’autre sur ce qui est important pour tout être humain, la vie et la mort, l’amour et la sexualité.
-  Premier mode d’expression, le dessin. Tout se passe comme s’il lui fallait explorer tout jusqu’au bout avant de passer à autre chose, mais aussi remplir de façon répétitive tout l’espace vide d’un contenant de pensée.
-  Dans la difficulté à concevoir le temps, qui implique non seulement le projet mais l’issue fatale que représente la mort, son mode de fonctionnement implique un étayage centré sur ce qui fait sens dans une figuration des mises en mots elles-mêmes.

Le parcours de Yann est très différent de celui d’Artus mais le point de départ n’était pas non plus le même. [1]

Le jeu, éveil au langage
Le jeu, éveil au langage

Yann, à 9 ans, n’entrait pas en relation avec les autres et se montrait difficile à contrôler.

|
* Il était incapable de se fixer sur une tâche en dehors de puzzles qu’il affectionnait,
*jusqu’à ce qu’il accepte de se rassurer en venant se faire bercer, après l’amorce d’un jeu avec des voitures à encastrer proposé à la 9e séance, qui avait provoqué une réaction de panique et un comportement régressif.
Cette première étape a modifié la relation.

Elle a été suivie d’une autre, la relation à l’autre par l’échange du regard,
puis la capacité à organiser un espace sur un mode symbolique pour que les agressions directes à la personne de l’autre soient médiatisées par le jeu entre animaux et personnages du jeu, avec le support du scéno-test.
L’étape suivante a été la prise en compte de l’autre, de ses intentions au cours de l’une de ces mises en scènes.
|
Parallèlement, il est passé de puzzles à reconstituer, activité stéréotypée, à d’autres activités finalisées sur un plan cognitif comme le sapin sur la photo, et plus élaboré
*que ce soit le schéma corporel,
*la catégorisation, en classant les animaux (jouets) identifiés sur le puzzle (image), en fonction de leur environnement,
*la découverte d’un espace orienté, terre où s’enraciner, ciel, et chemins à suivre pour la continuité de la réalisation du cactus.
..*Très vite, le tambourin avait permis d’introduire la valeur des bruits et du silence en les différenciant, chaque bruit devenant un signal pour agir sur l’autre dans un déplacement où l’on occupe l’espace.
*Le jeu de main chaude l’a aidé à trouver sa place et prendre conscience de son tour, à la base d’un dialogue.
*Il a exploré la musique de la voix d’abord avec un mini piano auquel j’ai cherché à associer ma voix.
*Nous avons ainsi partagé le plaisir de la voix qui se donne à l’autre, dans un travail dont il contrôlait la hauteur, acceptant peu à peu de faire bouger la sienne pour s’y accorder..
*Puis il a accepté de répéter à voix haute, dans le support d’un étayage physique (mains dans les mains pour le guider) des mots en les syllabant (deux et parfois trois syllabes), mais une fois, il s’en contentait et filait ailleurs, sa façon de gérer ses capacités.
Le rythme situe les sons dans le temps. Sans lui la régularité n’existerait pas.

Les dessins vont apparaître et témoigner de la façon dont il découvre les caractéristiques du monde qui l’entoure, jusqu’à réussir, après l’intégration du bateau dans son contexte, la réalisation d’une maison en 3D en deux essais.

l’ouverture au monde
l’ouverture au monde

Il était mûr pour entrer dans les apprentissages. Était-ce à la façon d’un trisomique ? Je ne l’ai pas pensé car il n’aimait pas la répétition. Il lui fallait « comprendre ».
Que s’était-il passé ?

L’évolution de son expression graphique confirme l’évolution de sa relation au monde et de l’intégration des différentes approches, du cognitif à l’affectif :
-  de par sa sensibilité dans le jeu des formes et des couleurs de ses premières "compositions",
-  à son aptitude à figurer la « personne » quand il parviendra à maîtriser la forme pour contenir ce mouvement ressenti.

En effet, les premiers dessins sont apparus après l’épisode régressif, comme une nouvelle naissance. Ils témoignent d’une évolution
*par l’appropriation d’une forme représentative, appuyée sur la construction du schéma corporel (cf.jeux),
*mais aussi sur l’intériorisation des propriétés des objets,
*leur contextualisation (cf. la pluie du bateau), *les essais de maîtriser l’espace en 3 dimensions avec la maison.
*Il a exploité à fond l’ardoise magique comme support de ses tentatives, reprenant de lui-même les « enseignements » de l’IME, en réalisant
*des séries logiques,
*et ou un entraînement à la numération qu’il travaillait par ailleurs en tant qu’activité significative dans le jeu des mouches en rééducation.

Parallèlement, dès qu’il maîtrise mieux les gestes graphiques, ces derniers rendent compte de la façon dont l’enfant se représente lui-même et les autres dans des dessins non seulement pleins de vie mais "ressemblants" par leur expressivité même.

l’ouverture à l’autre
l’ouverture à l’autre

En effet, ses premières représentations anthropomorphiques
*vont passer par Babar, un des premiers mots intelligible en séance, nounours qu’il a retrouvé et
*pris pour modèle sur plusieurs séances, construisant l’autonomisation par la mise ne place des membres et les différents points de vue. Il avait commencé par une "représentation globale" de mémoire sur le tableau. [2] Il s’est entraîné à représenter
sa famille, mère et fille, introduisant les marques physiques des émotions qui avaient été explorées en séance, jusqu’à, un an plus tard, réaliser son autoportrait, très ressemblant.

Toute sa sensibilité s’exprime ainsi dans l’expression de ses personnages, monde familial mais aussi ce qu’il observe dans le monde extérieur.
*La toile d’araignée est particulièrement évocatrice de sa fonction, tout en remplissant pour lui l’expérience de la complexité du remplissage d’un cadre dans un contexte figuratif caractéristique des dessins d’Artus.
Cependant, il a un geste figuratif créateur de mouvements.
*Un dessin intermédiaire témoigne de la variété des thèmes de ses intérêts, comme le dompteur dans une série sur le cirque.

*Les dessins de ces deux enfants porteurs de trisomie 21 soulignent la diversité de chaque problématique.
L’un a eu un apprentissage classique, retardé et limité, et si ses dessins en couleur séduisent, il utilise un procédé de remplissage, évoquant la stéréotypie,
L’autre, dont le comportement initial évoquait l’autisme, avec une stéréotypie de balancement d’avant en arrière qui revient dès qu’il s’implique dans une sorte de « transe », s’est éveillé au monde par le jeu symbolique dans une relation thérapeutique, et son évolution brûle les étapes d’un simple retard.
S’il lui est encore difficile de se concentrer longuement sur les exercices qui lui permettent de commencer à apprendre à lire en passant par la conscience métaphonologique, il ne supporte pas de ne pas réussir à maîtriser la tâche qu’on lui propose, ce qui le rapprocherait de certains comportements d’enfants « Dys ». _ Lorsqu’il est entré dans un registre d’expression des émotions, il a su le transmettre par son geste graphique. Sur le papier, il retrouve le jeu des couleurs, autre registre expressif, qui, avec le mouvement, exprime également ce qu’il peut ressentir.

Les modalités de l’expression graphique représentent bien la façon de chacun d’être en relation au monde.

La médiation d’un autre mode sémiotique que le langage verbal offre à des enfants qui n’entrent pas dans les modes d’apprentissage classiques du fait de leur handicap, cet espace du dessin, de la figuration.
Tout se passe comme s’il y avait un dialogue entre ces deux langages pour leur permettre d’entrer dans le monde symbolique et la combinatoire, voire la conceptualisation.

L’évolution de ces dessins met en jeu une autre forme de lecture, car il s’agit d’un espace émotionnel où le regard de l’autre qui perçoit cette émotion en l’étayant, permet à l’enfant de poser les bases de l’estime de soi, et au jeune de dire sa révolte de l’injustice qui lui est faite.
En face de ces créations, de leur beauté, nous sommes interpellés sur ce que nous, en tant que société, en tant que culture, nous leur proposons...

L’évolution des dessins de Yann montre un énorme décalage dans le temps mais il passe par les étapes de l’évolution du dessin chez l’enfant... et à sa façon, perception globale d’abord, puis construction reposant sur le repérage des différentes parties qu’il assemble peu à peu... Un article le détaille sur le blog : dessin, constructions d’une forme de représentation.

Octobre 2014 Un autre article sur le blog également poursuit l’analyse des représentations qui sous-tendent les dessins de Yann, soulignant la part du mouvement et de la figuration de la 3e dimension, en rapprochant ceux-ci de ce qu’il réalise avec des Kaplas, sans modèle sous les yeux...


[1] On peut suivre leur évolution dans de nombreux articles sur le blog. L’évolution des dessins reste l’entrée privilégiée de l’analyse de leur évolution même.

[2] On peut rapprocher cette façon de dessiner un éléphant, globalement, comme de face, de la représentation qui lui a permis son premier dessin du pirate au chapeau de paille.


Dans la même rubrique :
Quelle intégration ? Quel langage ?
Quelle intégration ? Quel langage ? (suite)




Nous contacter | Plan du site | Admin | Statistiques | Conditions d'utilisation | Accueil

 

©2000 www.sos-lire-ecrire.com