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Dialogue avec un enfant mutique (Lutin 1)
DEUX TYPES D’APPROCHE DU CORPUS
mardi 26 juillet 2011, par J Zwobada Rosel


Je rappelle mon questionnement : En quoi l’analyse du chercheur d’un corpus confirme-t-elle l’intuition clinique du praticien qui l’a recueilli et traité dans un cadre professionnel ? Je vais donc analyser des extraits d’une « séance » de bilan. L’évolution de cette brève prise en charge est symptomatique de la fonction d’appel que peuvent signifier des difficultés d’acquisition du langage.


1) L’évaluation du clinicien adressée au médecin prescripteur

BILAN ET DÉROULEMENT DE LA PRISE EN CHARGE

Lutin [1], est un garçon de 5 ans, né entre un frère d’un an plus jeune qui le dépasse presque en taille et lui ressemble beaucoup (excepté la couleur des yeux) et une sœur de 14 mois son aînée, rencontre des difficultés à se faire reconnaître et identifier.
Les suites de l’accouchement ont favorisé quelques mois une extrême proximité physique avec la maman, proximité qui se retrouverait actuellement au niveau de leur communication verbale. Ils sont « charmés » et « charmants » dans la relation qu’ils offrent au regard d’un tiers étranger.
Cependant, la maman s’inquiète de ce que donneront à 6 ans (au CP) :
-   son vocabulaire qui n’est plus assez riche pour son âge, alors qu’il parlait bien
-   les phrases mal construites, amusantes avant, qui risquent de le gêner.

Or tout semble s’être arrêté lorsque G (le petit frère) l’a physiquement rattrapé il y a un an. On les prend pour des jumeaux etc... Il s’agirait donc d’un blocage de développement du langage se manifestant actuellement, selon ce témoignage, sous forme de retard de parole et retard de langage.

La communication est extrêmement difficile à établir au moment du bilan et s’effectue dans le champ du non-verbal (signaux auditifs et visuels).
Les rares « phrases » prononcées, soit spontanément (une fois dans un jeu, « la p’tite cloche »), soit chuchotées dans un dialogue avec la maman, ne confirment pas ces remarques, mais le matériel verbal est trop pauvre pour que je puisse généraliser.

Le comportement témoigne d’un niveau intellectuel normal autant que l’attitude de retrait et de mise à distance me permettent de l’apprécier. Par contre, le retard affectif est certain, et intimement lié à la problématique du langage.

Au cours des 6 séances de travail [2] de ce qui représente une "brève" prise en charge, il y a eu une nette évolution :
il a fallu 3 séances pour que Lutin puisse être là, hors présence de sa mère, et commence à organiser lui-même l’espace et le temps de notre travail en commun.

Les nécessités de l’analyse me font prendre en compte 5 organisateurs  :

L’autonomie par rapport à la mère :

à la mère, écran, interprète, se substitue un objet matérialisé dans l’espace : porte, table entre lui et l’autre, puis espace proprement dit correspondant à un registre de voix particulier : chuchotement, appel à voix haute.

Reste à organiser l’espace intermédiaire, celui de « l’agir » par rapport à l’autre, en échangeant verbalement selon la situation.

Les comportements non-verbaux de communication :

leur caractère régressif n’intervient plus lorsque la mère n’est plus là (elle en avait un peu conscience).
Les rires, gestes, mimiques, accompagnent la parole au lieu de s’y substituer.

Le comportement verbal :

Lorsque la communication s’effectue dans un espace proche, personnel, la VOIX est chuchotée (cf. bilan avec la mère : le Thiberge), elle se fait entendre lorsque la distance s’installe.
Elle est alors un peu aggravée, éraillée, peut-être en liaison avec un rhume et l’évolution d’une dysphonie/aphonie qu’il présentera la dernière semaine.

La PAROLE
ne présente pas de trouble d’articulation proprement dit : intermittence d’un zézaiement, de chutes de finales, d’omission (r et l) dans des groupes consonantiques...

LA PRODUCTION SUR COMMANDE :
répétition ou réponse à une question d’identification sont encore impossibles (sauf vis à vis de la mère)

LES COMMENTAIRES SPONTANÉS DE SES ACTIONS :
ils deviennent possibles, même s’il les chuchote : « ze veux être grand » (en montrant le tabouret à vis) _ « ze peux plus parler (il est aphone)

LE DIALOGUE :
il commence à répondre à des questions concernant sa réalisation dans une activité qu’il s’est choisie :
‘qui as-tu dessiné ?’ - « Vi (nom de sa sœur) »

L’Activité exploratoire  :

au delà de la première séance où le matériel lui a été proposé, il reprend les jouets musicaux dont il explore les qualités et ose s’aventurer à la découverte du contenu (partiel) de l’armoire.

L’Initiative :

elle va se situer dans la découverte spontanée de la manipulation du magnétophone, marche, arrêt, enregistrement, branchement pour l’écoute etc.. le choix de sa hauteur pour travailler (cf. tabouret à vis), le lieu (table, tapis, mur...), le choix de ses activités : plutôt que de parler, on peut dessiner, il organise un jeu autour du matériel d’une chambre d’enfant (playmobil) etc...

CONCLUSION

La demande qui émanait de la mère a été reprise au niveau de Lutin lorsqu’il a choisi d’entrer dans le champ relationnel que je lui proposais et de se faire reconnaître. Il lui reste à faire l’apprentissage d’une parole qui n’ait pas besoin du canal de la mère afin d’avoir la capacité d’explorer le monde de l’écrit sans son intermédiaire.

Ce chemin passe par un travail de repérage dans le temps et dans l’espace, dedans/dehors, derrière/devant, présent/absent représenté etc..., organisation d’une tâche en fonction d’une contrainte temporelle.
Une fois ces dimension acceptées, le travail concernant le vocabulaire spécifique de ces champs lexicaux, les modalités de leur mise en mots, l’organisation de la phrase etc... pourra s’articuler à d’autres activités. Il serait important pour lui de s’exercer à reconnaître les différenciations perceptives susceptibles d’être symbolisées graphiquement, de retenir et raconter des histoires etc...

POSTFACE

Lutin n’est pas revenu et a été suivi au GAPP( = Rased) où on peut espérer que ce travail de « langage » a été fait, bien que ce ne soit pas leur démarche. Je l’ai rencontré par hasard un an plus tard dans le RER. La relation mère/enfant ne semblait pas avoir changé (proximité, chuchotements etc...).

NDLR Ce texte correspond au compte rendu de prise en charge du praticien. Il introduit brièvement un double corpus, celui du praticien (bilan et comte rendu des séances) et celui d’un chercheur qui s’en tient à l’ici et maintenant des échanges pour les interpréter dans leur contexte et leurs enchaînements.


[1] extrait de thèse reprenant un article publié dans Glossa (1998)N° 61&64.

[2] sur 3 semaines, 3 semaines après le bilan, 9 semaines après le 1er contact


Dans la même rubrique :
Dialogue avec un enfant mutique (Lutin 2)
Dialogue avec un enfant mutique (Lutin 3) : extrait du corpus du bilan
Expression et communication dans des dialogues thérapeutiques




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