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Fonctionnement de type dyslexique (2)
ESTIME DE SOI
vendredi 2 mai 2008, par J.Zwobada Rosel


Valérie nov 2001

"Merci pour votre témoignage. Je me retrouve dans votre manière de fonctionner.
Je pense être atteinte du même trouble, mais je voudrais qu’un médecin pose...

... ce diagnostic sur mon cas.
J’ai pas mal souffert de cette différence qui n’a jamais été reconnue dans ma famille.

A trente ans, je rêve de consulter et d’entendre ces mots :
-  “vous êtes dyslexique”.

Je n’ai pas été brisée par le système scolaire : j’ai obtenu BAC+5, mais j’ai ramé pour cela ! J’ai trop perdu de point du fait de mon orthographe désastreuse et de mon incapacité à comprendre la différence entre 49 et 94 et entre les lettres symétriques (pour moi !) b, p, q, d...

Savez-vous quel type de spécialiste je dois consulter ?
Un neurologue ?
Un Psychiatre ?
Un psychologue ?

Merci d’avance"

Réponse de Jacqueline

Chère Valérie

Bienvenue dans le "club". Votre témoignage me suffit pour confirmer votre auto-diagnostic.

Je ne vois pas à quel type de médecin vous adresser, sauf si vous en connaissez un qui serait lui-même “ancien” dyslexique. Je dis ancien pour deux raisons.
-  La première concerne l’impact de la dyslexie même si on en a une forme moins "totale" que d’autres, car cette forme de différence qu’elle entraînerait n’est pas reconnue de ceux qui auraient l’expérience d’un "vécu", n’étant pas répertoriée comme élément de diagnostic...
-  La seconde explicite "la... totale" [1], car je suis tout à fait d’accord avec les modèles pour distinguer plusieurs "niveaux" de DL en fonction des types de difficultés qui dominent le tableau clinique : visuelles (ce qui semble être votre cas), auditives (ce qui correspond aux difficultés de différenciation f/v par exemple), et les deux se combinant allègrement.

Une approche perceptive

On n’a pas attendu les modèles actuels pour identifier ces formes de dyslexie, tous les principes de base de la démarche proposée par Madame Borel-Maisonny, il y a plus d’un demi-siècle, "travaillaient" ces différents types de difficultés.

On peut non seulement avoir des problèmes du côté des deux entrées perceptives, mais également du côté de leur mise en relation. S. Borel avait inventé un geste support de la mémorisation pour favoriser l’association syllabique sans "fausses routes". Pour ma part, j’ai réalisé que le mouvement interne de prise de conscience qui met en place une forme de représentation (différente ?) intervenait
-  non seulement pour provoquer les “fautes” en particulier dans l’acte d’écrire (et n’oublions pas le mouvement articulatoire nécessaire à l’articulation)
-  mais pour intérioriser le bon schème du mot après tout un parcours d’analyse et de mise en place. Troisième entrée donc.

J’ai même réalisé que, pour un dyslexique, ce qui primait, c’était la présence des deux éléments constitutifs d’une paire et que leur "ordre" ne pouvait ainsi devenir pertinent sans un effort de volonté, un contrôle conscient.
-  Cela se vérifie chez les apprentis lecteurs qui, très vite, sauf s’ils sont dyslexiques, n’ont plus besoin d’y penser car l’automatisme s’est mis en place.

Sur le site vous trouverez la description d’un type d’entraînement dans "mémoire et verticalité".

Quand il est question de sens

Cela ne concerne pas directement votre confusion entre 49 et 94, peut-être que si, car passer par la verticalité de l’écriture vous aiderait à vous "reprogrammer" ou même à vous programmer tout court à cette différence de « sens ». S’agit-il d’un duel ou d’une complémentarité dans le couple forme/sens ? Je vous laisse méditer sur la polysémie « apparente » de ce mot « sens » et de ses contextes d’utilisation, qui, comme orthophoniste, m’avaient toujours fascinée.

Méthodologie

Boris Cyrulnick a écrit « La naissance du sens », ouvrage dans lequel il situe ce sens dans les relations les plus précoces, ce qui situe une approche plutôt « psy », mais j’ai eu l’occasion de le rencontrer à une journée sur la résilience et il n’a pu répondre à la question que je lui posais sur comment situer les déficits « cognitifs » insurmontables, « fondamentaux », que j’observais chez les non-lecteurs, dans la description qu’il faisait du fonctionnement neuro-psy. Il m’a précisé qu’il n’avait pas pris en compte (rencontré ?) ce problème parmi les populations auxquelles il s’était intéressé.

J’ai considéré que cela me permettait de faire des hypothèses “ailleurs” et j’en suis arrivée à poser celle d’“un monde décalé” dans mes derniers écrits sur le site (Nancy).

C’est une hypothèse de travail et je ne sais si elle convient à tous les dyslexiques, de même lorsque je parle de “bascule”. J’ai d’ailleurs reçu dernièrement une lettre dans ce sens d’une consœur orthophoniste qui avait conscience que ce phénomène s’était produit à 12 ans ½. Il y a aussi le “déclic”.. On ne va pas pinailler sur un mot, d’autant que ce n’est probablement le même point de vue sur ce qui se passe.

Indication pratique

D’une façon plus concrète, je vous conseillerais d’essayer d’associer aux formes que vous confondez une évocation personnelle pour situer la “boule” par rapport à votre propre corps en marche, devant, derrière, en haut, en bas. Madame Borel, toujours elle,, le figurait sur une feuille par un axe avec une demi boule découpée que l’enfant mettait en place en fonction de ce qu’il « entend » et « voit », l’un et l’autre s’appuyant sur l’autre entrée perceptive. Il y avait bien sûr, au départ, le geste qui l’évoquait en le renforçant.

Discussion

En introduisant une association qui m’est personnelle, j’essaie d’aider ceux qui seraient parasités par leur inconscient au niveau des associations (mode de fonctionnement dominant)ce qui intervient, bien sûr, dans leurs difficultés d’accès à la valeur symbolique de l’écriture (pour eux, les symboles sont justement ailleurs, dans une autre forme de symbolisme qui rejoint celui des rêves). Parfois même je les suggère, histoire de me situer dans une approche plus thérapie comportementale, type contra phobique comme pour l’ascenseur, mais c’est bien mieux qu’on ne vous impose pas les associations de quelqu’un d’autre...

Ce qui est certain, c’est que je suis souvent obligée de trouver pour chacun ce qui lui convient pour qu’il puisse s’affranchir de ce fil à la patte du niveau phonologique et que l’on puisse travailler au niveau de la structure de la phrase, histoire d’avoir moins de fautes d’accords. Je n’ai pas encore fait l’expérience de “travailler” techniquement par internet interposé car il faut nécessairement beaucoup d’exercices à faire de tout cela pour que de nouvelles voies (cf. neuro) se “frayent” au niveau cérébral. Et c’est le travail des orthophonistes. Mais ce qu’ils/elles proposent, repose sur leur formation et la mode est pour les jeunes (et sûrement d’autres) à la neuro-psychologie.

Peut-être cette démarche vous conviendrait-elle si vous oubliez le côté “psy” de votre quête.
Pour ce dernier, j’ai répondu à Gisèle (je crois) que c’était, pour utiliser une vieille formule, une « façon d’être au monde », ce monde décalé... Là où j’en suis de mes observations, je ne peux guère en dire plus.

J’espère avoir répondu quelque peu. Avec votre autorisation je présenterai nos échanges, si vous répondez dans ce sens et discutez le cas échéant ce que j’avance. Ce site est là pour susciter des débats, justement à partir des expériences de chacun.

J’espère aussi que tout est OK pour vous dans votre travail. Les problèmes qu’on peut rencontrer parfois viendraient de ce qu’on ne comprendrait pas la demande de l’autre : une seule issue, l’observer, l’analyser en sachant qu’il ne pense pas de la même façon (c’est un raccourci bien sûr).
A bientôt de vous lire j’espère
Jacqueline

Réponse de Valérie

Jacqueline

Je suis très touchée par l’attention que vous me portez.
Je vois régulièrement un psychiatre pour travailler sur mes angoisses. J’ai entamé ce travail il y a seulement deux mois. Des évènements familiaux m’avait brutalement projetés dans un passé encore douloureux. La déstabilisation émotionnelle qui en découlait m’a conduite dans le cabinet de ce médecin.

A priori, je n’en suis pas complètement certaine, ma souffrance ne semblait pas liée directement à ma dyslexie, mais j’ai récemment établi un lien entre une forme de complexe d’infériorité dont je souffre (un peu) et cette anomalie de fonctionnement.
-  La dyslexie a été un instrument que ma famille a utilisé pour tenter de me convaincre de mon incapacité à réussir. Ma quête est donc limitée. J’ai réussi mes études et mon intégration professionnelle s’est bien passée. Je vis bien avec cette différence qui, je le pense, n’est pas handicapante (je ne parle que de mon cas, ma dyslexie semble en effet être légère).

Ma mère a toujours refusé d’accepter ma dyslexie. Elle m’a donc appliqué le même traitement qu’à ma sœur qui ne souffre pas de cette anomalie. J’ai probablement appris, petit à petit, à compenser, par la mise en place de repères qui me sont propres.
-  Par exemple, pour distinguer p,q,b,d, j’associe à chacune de ces lettres un mot entier : papa, quoi, dame, bobo.
-  Je ne porte qu’une seule bague. Elle me permet de distinguer la gauche de la droite. Elle me sert pour me diriger (orientation) et pour identifier l’ordre de lecture des chiffres : 49 est différent de 94 puisque je sais désormais que je dois commencer à lire ces deux chiffres du côté où ma main porte une bague (ma bague est à la main gauche, vous l’aurez compris...).

Par contre, je commence seulement à essayer de comprendre mon fonctionnement et les repères que j’ai essayé de mettre en place pour compenser. Je n’ai donc pas grand chose d’intéressant à vous communiquer. En revanche, j’ai bien l’intention de m’y essayer. Mon compagnon m’aide dans cette « recherche » (recherche sans guillemet me paraît prétentieux, mais je n’ai pas en tête le mot qui collerait le mieux...)
-  Il me fait parfois remarquer mon fonctionnement « bizarre » avec beaucoup de gentillesse et de compréhension. Il nous arrive d’en rire.

Je vais donc me connecter régulièrement sur votre site et voir comment les autres dyslexique fonctionnent et surtout pour essayer de trouver des méthodes de compensation peut-être moins fatigantes pour mon pauvre cerveau. Il semble que je me fatigue intellectuellement plus vite que la plupart des gens.

Je vous autorise bien évidemment à publier sur votre site nos lettres. Si cela pouvait aider un autre dyslexique ou sa famille ou encore un de ces médecins j’en serais ravie. Je ne pensais pas que mon témoignage puisse être digne d’intérêt...

Merci encore pour votre lettre.

Valérie Décembre 2001


[1] pour les guillemets on en parle pour l’ablation des organes génitaux féminins en cas d’hysterectomie


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