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Les prémisses du jeu symbolique ?
MISE EN "JEU" DE LA SÉPARATION
lundi 23 avril 2007, par J.Zwobada Rosel


Oumi, deux ans et quelques, est dans une relation telle à sa mère qu’il s’agrippe à elle en présence d’un étranger, refusant toute entrée en communication. Sa surdité (moyenne), appareillée récemment, n’explique pas tout et sa mère appréhende, à juste titre, l’entrée à la maternelle l’année prochaine.


-  Quelle prise en charge proposer à ce petit bonhomme volontaire qui refuse de se séparer de sa mère et nous a ainsi d’entrée de jeu, mise au coeur d’une démarche "communicationnelle", afin de lui permettre d’entrer en relation avec l’autre et le monde qui l’entoure ?

Introduction

Observation d’abord et avant tout de son comportement, de ses réactions, et mises en mots de quelques éléments de l’analyse pour donner quelques repères à la maman, pleine de bonne volonté, mais qui a manifestement surprotégé cet enfant différent de ses autres enfants.
-  Le premier aura porté sur l’espace communicationnel que j’expose d’entrée de jeu en lui rapportant sa valeur indicielle sur le type de relation qu’il induit (cf. Hall). Ils sont manifestement dans un espace intime (moins de 50cm) et il lui faudra en sortir pour entrer dans l’espace personnel dont la limite varie, selon les personnes jusqu’à 80cm, voire 1m, pour s’élargir en familier etc...
-  Le second sur le fait de lui parler certes, mais pas seulement dans un registre d’actions à faire, mais surtout de lui commenter les situations, de le prévenir éventuellement d’un nouveau contexte. Et bien sûr, de l’encourager. L’aider à interpréter le monde qui l’entoure en mettant des mots sur ce qui s’y passe.
-  Au centre de la démarche, quand il prend des initiatives, le rassurer par une présence discrète pour qu’il apprenne à être seul sous le regard de, et non dans la mise en acte de son propre désir à elle de le voir faire quelque chose.

Documents

« Évaluation » initiale

Oumi m’est adressé par la spécialiste qui le suit depuis toujours. La maman a attendu qu’il ait ses appareils pour actualiser le rendez-vous... ce qui nous met en situation de pouvoir l’aider à découvrir son enfant tel qu’il est maintenant.

Je ne ferai pas une évaluation « objective » de l’état de sa communication car d’entrée de jeu il refuse le contact que ce soit du regard ou physique et se réfugie dans les bras de sa mère, s’accrochant à elle et hurlant. Je n’attendais guère autre chose.

Comment entrer en relation avec cet enfant qui refuse même le jeu de ballon qui me sert d’habitude à établir une relation sous forme d’adresse à l’autre en le nommant, tous assis par terre pour définir un espace en commun (le tapis, les pieds qui se touchent, le ballon circulant dans cet espace). Il manifeste une réaction violente en se détournant dès que je manipule une marionnette vache qui mugit. Nous nous installons donc par terre, sa mère contre un poteau, moi sur le ballon d’équilibre, sur le côté en arrière plan, et lui, escaladant sans cesse sa mère pour s’écraser contre sa poitrine. De temps à autre, il jette cependant un regard furtif dans ma direction.

Mon travail va définir le cadre de notre rencontre sur deux plans : en verbalisant la situation, ce qui s’y passe, en me basant sur la proxémique, et en contrôlant l’intensité de ma voix qui, comme celle de la mère est manifestement beaucoup trop forte. Nous « bavarderons » en quelque sorte à propos de lui, et je préciserai le fait qu’il comprend ce qu’on dit même s’il n’en comprend pas les paroles. Il me le confirmera en me regardant dans les yeux longuement après un certain temps. Plutôt que “communication”, j’utilise le terme « relation à » car sa mère a bien confirmé qu’elle était toujours inquiète pour lui, reprenant à son compte ce que j’en ai dit d’ailleurs dans une de mes observations.

-  Il s’agit bien de « guidance parentale » non sous forme de « conseils » mais dans une certaine façon de se comporter avec lui.

Mon propre comportement consiste à saisir la moindre occasion pour l’inciter à quitter l’espace d’accrochage que représente le corps maternel pour s’installer dans un espace protégé par elle pour manipuler un objet, avant de s’en détacher jusqu’à aller chercher quelque chose à quatre pattes qu’il aura jeté au préalable.

Le changement d’objet sans perdre le contact avec sa "base"

Il a commencé par regarder ce que je faisais avec une toupie identique à celle qu’il a chez lui (faisant tourbillonner des boules), puis l’a enlevée à sa mère qui l’avait prise pour la faire tourner à son tour, pendant que je jouais seule avec un autre jeu avec des boules de couleur également, mais sériées sur des tiges de taille différentes. Ce jeu était situé entre nos deux espaces. Je sortais les boules au fur et à mesure de leurs tiges, jusqu’à ce qu’il se saisisse de ce nouveau jeu et le manipule. Il expérimentera ainsi d’accéder à l’objet en s’étirant sans perdre le contact avec sa « base », car il réussit à se l’approprier en l’attirant à lui, en s’étirant sans perdre l’ancrage de la jambe de sa mère.

L’exploration dans le jeu qui introduit à une première coopération

Il commence alors par explorer le jeu, enlève les boules, essaie de les remettre, et quand elles débordent de la tige, il les jette au loin, puis de mon côté ce qui va nous permettre de jouer à donner et prendre une boule comme j’avais fait, tout au début, avec le gros ballon avec sa mère quand il me tournait le dos avant de s’intéresser à notre interaction.

A la fin (j’arrêterai là le travail), il ira chercher un petit train à quatre pattes sous l’armoire.

-  Il s’agit là aussi de guidance parentale dans la façon de donner des indications verbalement, en encourageant plus que conseillant.

Je commente donc à la maman ce qui se passe du point de vue de son autonomisation progressive et lui fais remarquer, en m’excusant de la violence de ces remarques, la façon dont je ne lui dis pas vraiment ce qu’il pourrait faire, en insistant sur ses ressources personnelles, et sur la façon dont sa présence à elle est plus de l’ordre de « sécuriser » que de « faire faire quelque chose en lui disant de le faire ». Ne pas anticiper systématiquement pour lui et n’intervenir qu’en cas de danger (comme lui dire de ne pas bouger quand il a une tige dans la bouche par exemple).

Les informations de la première rencontre

La carte vitale n’est pas à jour pour son dossier, et nous n’avons guère eu le temps de parler en détail des étapes de son développement, de l’environnement familial. La maman me précise qu’il est tout autre « en famille », joue avec frères, cousins etc. Nous y reviendrons ultérieurement. Au cours de cette première rencontre, il m’a bien montré où était le problème tout comme le médecin me l’avait précisé dans notre contact téléphonique. Il était parfaitement autonome dans la salle d’attente, allait vers la maison avec les clés de couleur etc. le panier avec les formes, bref les activités « cognitives » de son âge. Il s’agirait donc de le préparer à entrer à l’école, hors du cocon « maternel ».

Je ne sais pas encore à quel rythme nous allons nous voir, de toutes façons ce sera l’année prochaine. Il faut voir ce qu’il va faire maintenant de ce “travail”...

Évolution de la prise en charge

2e rencontre : 23 janvier 2007. Il rapporte une autre sorte de toupie de la salle d’attente (transition vers l’espace de travail car sa mère arrive en avance). Nous la regardons un peu tourner et il s’intéresse à autre chose.J’ai installé le tabouret où j’ai posé des jeux comme la première fois entre sa mère et moi, (il est entre les pieds de sa mère), et je lui tend alors le "sapin" (jeu d’emboîtements), qui, faute d’un élément, est en deux parties. Il s’en saisit (en se rapprochant et s’éloignant, mais détaché de sa mère), en suçote les éléments, essaie de les poser les uns sur les autres. J’avais préparé les boules sur les tiges, le puzzle du chien, l’encastrement de base pour le jeu symbolique comprenant les éléments essentiels : homme, femme, chien, chat, souris, maison, arbre.( cf. Juju dans Jeu symbolique. b) Contexte thérapeutique, sur site). C’est beaucoup trop tôt pour qu’il s’y intéresse.

Je pose alors le jeu des boules entre nous, il les manipule et essaie de les remettre, mais il a le besoin de tout renverser ensuite, et reste toujours silencieux. Il me jette de fréquents coups d’œil et notre regard se croise parfois ainsi.
-  Il est donc sur la réserve et, après avoir ouvert les éléments du sapin, s’en tient aux boules dont il explore le maniement mais se complait à tout renverser dès qu’il a réussi à en faire rentrer quelques unes...

● 6/2/07 : il accepte une première collaboration pour mettre les boules sur les tiges mais a toujours besoin de tout détruire... Je n’interprète rien (au niveau de la relation d’objet) mais commente à la maman le fait qu’il se passe plein de choses et essaie de la faire parler (ce que je lui redis pratiquement à chaque séance). J’ai essayé d’introduire des jouets musicaux, il le perçoit comme un traumatisme, c’est peut-être beaucoup trop fort : il manifeste de la souffrance. Je m’en excuse.
-  J’ai donc introduit le langage comme médiateur de notre relation dans ce qu’il peut percevoir comme une agression.

● 19/2/7 : Le tambourin est là, dans le matériel posé sur le tabouret, dans un espace intermédiaire. Le tambourin est le support d’un jeu sur « fort/doucement », en lien avec la voix. Il finira par taper mais pas encore jouer avec, en « rythme ». Il va s’autonomiser jusqu’à ranger le petit chariot à sa place car il se déplace maintenant (avec de fréquents retours vers sa mère). La collaboration s’accentue, il ne reste plus autant dans son espace restreint à vérifier sans cesse qu’il peut encore escalader sa mère assise par terre, il peut se rapprocher de moi et prendre ce que je lui propose.
-  Il a encore de nombreux regards furtifs mais nous entrons tout à fait dans l’attention conjointe, sans qu’il s’agisse encore tout à fait d’un espace transitionnel (Winnicott cf. référencement).

● 6/3/7 : On est repartis dans l’agrippement : il y a eu un décès dans la famille, et la maman est passablement déprimée. J’interprète en ce sens la « régression » du fils. Cependant il chantonne parfois quand il me tourne le dos , j’ai donc entendu sa voix et je le signale. Il s’est attaché à la toupie qui chante rapportée de la salle d’attente et au sapin (jeu d’emboîtements facile à manipuler qui faisait partir du matériel de base), les boules ne sont plus les seules à l’intéresser.
-  J’ai mis en mots la « tristesse de la mère » et s’il reste dans un espace proche d’elle, refusant une réelle collaboration, il occupe maintenant occasionnellement l’espace avec sa voix ce qui est une façon de réduire la distance qu’il maintient à mon égard, en me tournant le dos et s’occupant ailleurs.

● 20/3/7 : 2e Régression, suite à “l’agression” de l’ORL qui lui a nettoyé les oreilles sans précaution, l’avant-veille, et pourtant si je l’avais indiqué à la mère, c’était pour qu’elle me prévienne afin que je lui adresse un petit mot, ce qu’elle n’a pas fait. Résultat : il faut tout reprendre à zéro pour restaurer sa confiance. Le lendemain de ce traumatisme, la veille, il n’a pas voulu que la dame des appareils le touche. Aujourd’hui, il se blottit de plus en plus bien sûr. Je demande à sa mère -si et comment- elle avait parlé de ce qui l’attendait : elle n’y avait pas pensé car à l’hôpital, il n’y avait jamais eu de problème.

Je change alors les routines, je n’ai pas donné le sapin, l’espace n’est plus relationnel, sa mère est assise à côté de la table et moi plus loin, dans notre espace de jeu habituel sur le gros ballon, face à leur couple, lui sur ses genoux.

Sur les genoux de sa mère, pendant que nous parlons, il amorce des tentatives à plusieurs reprises de se séparer d’elle mais elle anticipe sur l’émergence d’un désir vers l’objet posé sur la table, un nounours, un œuf en bois etc., en lui disant de le prendre. Je lui souligne sa verbalisation par laquelle elle le retient d’agir par lui-même. Elle fait alors de réels efforts pour se retenir.

Après avoir parlé de ce qui s’est passé, car je cherche à donner un sens à cette régression, je sors la boite « docteur » et des doudous marionnettes pour mimer ce que j’ai compris, je hurle lorsque la seringue pénètre dans l’oreille du nounours et il me regarde, mais il n’est pas encore prêt à participer autrement.

Il a chantonné également à un moment et j’ai remarqué la belle voix qu’il a, du coup il se met à « parler », ce que je répète dans un jeu de reprise qu’il accepte. Ce ne sont pas tout à fait des lallations, plutôt des “mots” car il n’y a que 2 syllabes.
-  S’il n’est pas entré dans le jeu symbolique que je lui proposé (il l’a regardé de loin), il a cependant lui-même utilisé la voix sans intention de communiquer, mais dans un espace qui devient partagé avec l’autre.

● 3 avril 2007. De l’objet « physique » à l’objet « transitionnel ».

La séparation s’est confirmée même s’il a démarré, collé à sa mère. La quête de l’objet va s’installer dans l’exploration de l’espace, solitaire, puis en acceptant qu’on participe à son activité du moment.

Cela s’est fait progressivement et, me semble-t-il, en prélude à la capacité à entrer dans le jeu symbolique, (cf. le fort da) du fait de l’interprétation que je ferais de l’évolution de son rapport à l’objet ci-après.

Les évènements :

Oumi ne m’a pas saluée, il m’a regardée de loin et a été un peu réticent pour venir et entrer dans le bureau (il n’y a pas eu le sas de la salle d’attente d’où on ramène une toupie ou un autre jeu comme la table de pré graphisme une des fois précédentes).

Il a moins peur, il marche seul au début dans le couloir, me regarde mais reprend son « rôle ». Je n’ai rien préparé et vais m’asseoir sur mon fauteuil, la table me séparant de sa mère qui s’est assise sur la chaise, et de lui sur un tabouret très près de sa mère. Il tâte le terrain et me regarde de plus en plus. Il me provoque en cherchant à retourner sur les genoux de sa mère. J’apporte alors un petit puzzle (chien découpé en tranches et la boite modèle), je lui montre comment faire avec quelques commentaires qu’il écoute, mais une fois le puzzle reconstitué, cela ne l’intéresse pas et il en jette les 4 pièces par terre.

Ce qui m’incite à aller par terre au pied de la table, sa mère me rejoint mais le puzzle ne l’intéresse pas. Il vient à son tour nous rejoindre avec le premier jeu de ses explorations qu’il est allé chercher dans le recoin où il est rangé.

Avec ce jeu comportant des tiges de taille croissante, des boules de couleur diverses, (une manque pour tout remplir d’ailleurs), il nous montre qu’il a intégré ses expériences antérieures de manipulation où il essayait de bouger, jeter, voire de porter à la bouche, parfois d’en mettre quelque part, dans le panier que je lui avais tendu, que sa mère avait repris et posé dans leur espace... ou sur les tiges, mais sans projet apparent.

Il est passé à une autre forme de jeu comme s’il avait saisi la tâche que suggère le matériel :
-  il emplit les tiges des deux mains (il essaie avec la gauche, puis la droite si les boules sont dans le champ)
-  après les avoir jetées de tous côtés dans l’espace qu’il explore, en tenant compte des indication verbo-gestuelles que je lui donne (une, un peu derrière le panier, là) ce qui lui permettra de ramener le panier pour retrouver le jeu où on les mettait toutes dedans.

-  Il tient donc compte des caractéristiques physiques de l’objet mais aussi et surtout, dans le fait de les éparpiller d’abord pour aller les chercher, en tenant compte de l’aide verbale, de la capacité qu’il a de retrouver des « morceaux » pour reconstituer, en les rassemblant à l’aide d’un contenant (le panier) « l’objet total » où les éléments trouvent leur place dans un ensemble hiérarchisé.

Discussion

La première séance a situé le cadre de notre travail.

Ce jeu de boules ouvre à une réflexion sur le développement de l’enfant en montrant l’intrication du cognitif et de l’affectif. Ce qui se passe habituellement au cours des premiers mois de la vie d’un bébé peut se réactualiser dans le cadre d’une relation thérapeutique...

« L’enfant a besoin de la présence aimante de sa mère pour explorer le monde extérieur, fixer son attention sur un objet, en trouver la signification, avec le sentiment d’une vision partagée, d’une expérience partagée et d’un encouragement. » [1]

Cette approche rejoint les fonctions de l’étayage décrites par Bruner (cf.référencement), en terme d’attention conjointe notamment, et le moment où l’enfant vérifie que l’attention conjointe a été effective, attention partagée qui permet ensuite de « se séparer, c’est à dire se désengluer de son vécu non symbolisé, non élaboré, lui donner du sens, tout en s’en distanciant » ( voir Le Récit en rééducation et La rééducation : un espace pour élaborer une parole habitée de F. Mattéi pour la symbolisation, sur le site).

C’est bien ce qui s’est passé pour Oumi, dès la première séance, il a montré sa capacité à se détacher pour explorer. Il lui fallait entrer en relation avec l’étranger pour qu’il ne soit plus dans le lien fusionnel avec sa mère, mais que s’introduise également la capacité de supporter l’absence de l’objet (la mère étant, de ce point de vue, le premier).

Il faut noter donc qu’il semblait bien parti pour entrer en relation avec l’autre, commençant à se séparer et à explorer les qualités physiques de l’objet en le suçant, le mordant, le tapotant, en éprouvant sa résistance comme il l’avait fait avec le sein maternel, en cherchant son utilisation fonctionnelle (sa place). Cependant, du fait d’ « agressions », que ce soit l’absence mentale de sa mère déprimée, puis l’agression physique d’un soin sans qu’il y ait eu l’accompagnement d’un sens à donner, Oumi est retourné dans le sein maternel (régression au stade de l’agrippement). Il lui a fallu reprendre « à la base » en quelque sorte, le parcours de séparation qui ouvre le champ au mode de représentation symbolique.

« Le rôle gratifiant permet à l’enfant d’établir un lien entre agressivité et libido, et lui permet de maîtriser ses désirs de destruction et de développer une possibilité de fantasmatisation et de symbolisation (Misès). »

Dans le cadre de cette nouvelle relation avec la thérapeute qui donnait sens à son jeu à la fin en parlant avec la mère, établissant ainsi un lien de symbolisation, le support du jeu des boules lui a permis
-  de figurer à la fois ses craintes (la destruction de l’objet) en le renversant à chaque fois,
-  et d’exercer sa capacité à reconstruire l’objet en le reconstituant (de l’objet partiel figuré par l’ensemble des boules dispersées) comme objet unifié ce qu’il ne fera jusqu’au bout qu’à la dernière des séances présentées.

Il s’est mis alors en situation de disperser lui-même les boules, pour aller les chercher, et se prouver
-  que même non visibles, elles étaient encore accessibles,
-  que le langage (verbal et gestuel) pouvait l’y aider,
-  et qu’un contenant pouvait l’aider à les réorganiser. On peut évoquer le jeu de la bobine (cf.Freud), ou le jeu de coucou/voilà (cf.Bruner), appliqué à l’objet, sous l’œil bienveillant de la mère et de la thérapeute comme l’a décrit Winnicott pour définir l’espace transitionnel qui s’établit d’abord physiquement dans la période « sous le regard de » avant que cet espace n’intègre « à portée de voix », pour devenir un espace de représentation symbolique, mental et non plus avec un support perceptif.

Il devrait être possible de commencer à se centrer sur la mise en place du langage oral... là où nous en étions restés avant les régressions, avec l’émission spontanée de lallations et d’une sorte de babillage, et la familiarisation à des variations de timbre, d’intensité, de durée qui avait été amorcée. Sur un plan technique certes, mais sans oublier sa fragilité relative et les difficultés de sa mère pour gérer leur relation dans sa quête pour une autonomisation.

à suivre...

Oumi est entré en petite section de maternelle (avec des moins de 3 ans) car la mère doit reprendre le travail en octobre. Il sait dire "tiens" et demande de l’aide. Il avait suivi avec beaucoup d’attention, tout en jouant, mes "bavardages" avec la maman en particulier sur la question de la propreté... alors que j’avais mis en place une petite table et une chaise pour instaurer un espace évocateur de l’école, le jour où il s’est opposé en disant "non" à ce que je proposais. Nouvel espace, nouveaux jeux pour l’investir...


[1] Citations Extraites de Thomas J & Willems G (2001) Troubles de l’attention, impulsivité et hyperactivité chez l’enfant, Masson, p. 63 (apport de la psychopathologie...)

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